Il y a un certain risque à se donner du temps pour penser. La vie nous charrie, nous pousse vers l'abattoir comme des sardines sur la courroie prêtes à être entassées dans une boite de conserve rectangulaire.
Et voilà que tout à coup, j'ai le temps de regarder tout ça d'un autre oeil, ni l'un ni l'autre des miens.
La question de la langue est au coeur de ma vie. La survie du français (si je n'étais pas en vacances, je dirais l'épâââânouissement) est au coeur de ma vie. Elle ne l'a pas toujours été cependant, car j'ai connu des années d'insouciance où tout portait à croire que rien de tout ça n'était en péril.
Mais voilà que je vis en reclus pour une semaine, coupé de tous mes ponts, dans le pays de l'Oncle Sam où ma langue est une anomalie qui va bien réussir à guérir un jour. On me prendrait en pitié en cachette que je n'en serais pas surpris.
Le long des rues hypnotisantes bordées de fleurs recèlant des hauts-parleurs qui diffusent discrètement une musique à vous enliser dans une léthargie certaine, j'entends venu d'on ne sait où Dust in the Wind. Et me voilà devenu cette poussière qui se surprend à être ému sans trop savoir pourquoi, me demandant quel curieux souvenir peut bien éveiller cette chanson qui remonte à la fin de mon secondaire. Je cesse de marcher, j'ai une poussière dans l'oeil voyez-vous. Comment une chanson anglaise peut-elle s'être infiltrée (filtre d'aspirateur, poussière, décidément on n'en sort pas) dans mon intérieur sans que je puisse me souvenir du moment. Comment faire une place à ses souvenirs qui n'ont rien à voir avec le français? Est-ce commettre un péché contre-nature qu'on me reprochera quand je retournerai en poussière (elle était trop facile)?
Si dès lors je me sens coupable de ce flirt irrévérencieux, comment vivront les jeunes d'aujourd'hui qui se laissent pénétrer de toute part par l'Ennemi sans l'ombre d'un remords et en en tirant une jouissance éphémère jusqu'à ce qu'Il pousse encore d'un cran le fantasme dont ils rêvent tous secrètement d'être les protagonistes?
Je retourne à ma marche de santé. Tra-la-la-la-lère...
jeudi 6 octobre 2011
mercredi 5 octobre 2011
185. Coma volontaire
Je vous confie un secret. Cette semaine, je me tape une générale de ce que j'espère sera ma vie plus tard. Un avant-goût, une avant-première du grand spectacle.
Précisons tout d'abord que j'ha-ghi l'hiver pour m'en confesser. Dès que le froid commence, qu'il faut troquer la gougoune d'été pour la grosse botte feutrée, je me mets à regarder les oies et à les envier. D'ailleurs, je suis certain que les cris qu'elles font sont en réalité des rires gras qui se moquent de nous.
Je pense que j'ai déjà déblatéré sur les choix qu'on fait dans la vie et les choix qui nous sont imposés et qui n'en sont pas vraiment. Si bien qu'avec ma moitié de siècle bien entamée, je me retrouve avec si peu de garanties que je pourrais tout aussi bien avoir dix-huit ans. Il m'arrive d'avoir une petite tempête intérieure qui hurle et qui se dit que c'est pas du tout ce que je voulais, mais voilà, j'y suis. Je suis dans cet ailleurs imprévu avec des souvenirs qui n'ont pas voulu se poursuivre - ou parce que j'ai voulu garder le cap sur un petit bonheur très égoiste dans lequel personne n'a voulu m'accompagner.
Alors il y a bien des chances pour que le reste de ma vie, ce soit ce que je vis cette semaine. Quand les oies quitteront le Canada, je les suivrai. Elles auront fini de rire de moi. Les journées couleront paisiblement et tout à coup plus rien ne sera urgent. Je dormirai et me réveillerai quand bon me dira. Je mangerai au soleil avec un chat qui dort sous la table, un perroquet qui se tape un contenant de beurre d'arachide tous les matins, un très vieux chien qui déambule sans trop savoir où il en est et deux tortues qui cherchent désespérement la mer. J'irai à la plage de temps en temps, mais je n'en ferai pas une obsession puisqu'elle sera toujours là et qu'il fera à peu près toujours beau de toute façon. J'écrirai aussi, c'est la seule discipline à laquelle je me contraindrai. Et je lirai beaucoup, quand j'en aurai envie, à profusion.
Précisons tout d'abord que j'ha-ghi l'hiver pour m'en confesser. Dès que le froid commence, qu'il faut troquer la gougoune d'été pour la grosse botte feutrée, je me mets à regarder les oies et à les envier. D'ailleurs, je suis certain que les cris qu'elles font sont en réalité des rires gras qui se moquent de nous.
Je pense que j'ai déjà déblatéré sur les choix qu'on fait dans la vie et les choix qui nous sont imposés et qui n'en sont pas vraiment. Si bien qu'avec ma moitié de siècle bien entamée, je me retrouve avec si peu de garanties que je pourrais tout aussi bien avoir dix-huit ans. Il m'arrive d'avoir une petite tempête intérieure qui hurle et qui se dit que c'est pas du tout ce que je voulais, mais voilà, j'y suis. Je suis dans cet ailleurs imprévu avec des souvenirs qui n'ont pas voulu se poursuivre - ou parce que j'ai voulu garder le cap sur un petit bonheur très égoiste dans lequel personne n'a voulu m'accompagner.
Alors il y a bien des chances pour que le reste de ma vie, ce soit ce que je vis cette semaine. Quand les oies quitteront le Canada, je les suivrai. Elles auront fini de rire de moi. Les journées couleront paisiblement et tout à coup plus rien ne sera urgent. Je dormirai et me réveillerai quand bon me dira. Je mangerai au soleil avec un chat qui dort sous la table, un perroquet qui se tape un contenant de beurre d'arachide tous les matins, un très vieux chien qui déambule sans trop savoir où il en est et deux tortues qui cherchent désespérement la mer. J'irai à la plage de temps en temps, mais je n'en ferai pas une obsession puisqu'elle sera toujours là et qu'il fera à peu près toujours beau de toute façon. J'écrirai aussi, c'est la seule discipline à laquelle je me contraindrai. Et je lirai beaucoup, quand j'en aurai envie, à profusion.
mercredi 14 septembre 2011
184. Quand la nuit pose trop de questions
On s'est tous déjà fait dire que la nuit porte conseil. J'arrive d'une grande marche pour tenter de voir quel conseil elle a bien pu vouloir me donner la nuit dernière. D'abord, je vous mets ça en contexte. J'arrive d'une fin de semaine de réunions et je me suis tapé un vol aux petites heures du lundi matin pour une réunion à l'extérieur de la ville, avec retour au clair de lune mardi soir. Devant mon horaire bien gras et débordant de la ceinture, mon copain m'a suggéré de prendre le chien avec lui, de garder le chien à mon retour, bref : de me laisser dormir paisiblement pour une nuit complète dans mon propre lit sans chien qui gratte à la porte pour sortir aux petites heures (je le soupçonne de n'avoir aucun besoin naturel autre que celui de sniffer les buissons, ce qu'il pourrait tout aussi bien faire un peu plus tard, mais là n'est pas mon sujet.) Tout ça pour dire que je me suis couché hier soir avec la perspective agréable de dormir du sommeil du juste aussi tard que possible puisque je n'ai pas d'engagement au bureau avant cet après-midi.
J'avais même pris soin de débrancher le téléphone, juste au cas où il y aurait un décès dans la famille et qu'on déciderait d'interrompre mon sommeil pour m'en aviser, en me disant que ça peut bien attendre à mon réveil.
Sauf que voilà qu'à 3h du matin, genre, je fais un rêve inexplicable. Comme tous les rêves, il s'est estompé un peu depuis. Mais en gros, il y avait eu un meurtre dans l'appartement où je vivais. Je me souviens vaguement qu'il s'agissait d'une jeune femme dont il fallait se débarrasser pour obtenir un héritage quelconque. Je me souviens aussi que c'était un homme assez corpulent qu'il a fallu mettre dans un sac poubelle en attendant de savoir quoi en faire. Ne cherchez pas le lien entre les deux, je n'ai pas réussi à le trouver. Ce n'est qu'un détail dans le rêve de toute façon. L'essentiel du rêve, c'était de me débarrasser du sac poubelle qui était tout bêtement dans le salon de l'appartement, contre le divan pour être plus précis. Il fallait le contourner pour se rendre dans les autres pièces, et dois-je préciser que mon appartement était assez visité : un vrai moulin.
J'ai donc passé le plus clair de la nuit (ce n'est même pas un jeu de mots) à tenter de me débarrasser d'un cadavre dans un sac poubelle.
Je suis encore un peu fatigué ce matin, mais j'ai vérifié et il n'y a rien à traîner dans les coins de mon salon.
J'avais même pris soin de débrancher le téléphone, juste au cas où il y aurait un décès dans la famille et qu'on déciderait d'interrompre mon sommeil pour m'en aviser, en me disant que ça peut bien attendre à mon réveil.
Sauf que voilà qu'à 3h du matin, genre, je fais un rêve inexplicable. Comme tous les rêves, il s'est estompé un peu depuis. Mais en gros, il y avait eu un meurtre dans l'appartement où je vivais. Je me souviens vaguement qu'il s'agissait d'une jeune femme dont il fallait se débarrasser pour obtenir un héritage quelconque. Je me souviens aussi que c'était un homme assez corpulent qu'il a fallu mettre dans un sac poubelle en attendant de savoir quoi en faire. Ne cherchez pas le lien entre les deux, je n'ai pas réussi à le trouver. Ce n'est qu'un détail dans le rêve de toute façon. L'essentiel du rêve, c'était de me débarrasser du sac poubelle qui était tout bêtement dans le salon de l'appartement, contre le divan pour être plus précis. Il fallait le contourner pour se rendre dans les autres pièces, et dois-je préciser que mon appartement était assez visité : un vrai moulin.
J'ai donc passé le plus clair de la nuit (ce n'est même pas un jeu de mots) à tenter de me débarrasser d'un cadavre dans un sac poubelle.
Je suis encore un peu fatigué ce matin, mais j'ai vérifié et il n'y a rien à traîner dans les coins de mon salon.
mardi 30 août 2011
183. Bilan estival
Si l'été 2011 a servi à quelque chose, c'est bien de m'avoir réconcilié avec les petits milieux ruraux du genre où je suis né et que j'ai furieusement ignoré depuis nombre d'années.
J'ai eu deux occasions de me rendre dans mon coin de pays natal au cours de l'été. Les deux fois, j'ai eu cette impression de vie simple, de bonne humeur contagieuse et d'harmonie humide et chaleureuse avec l'univers. Tout ça s'est déclenché cet après-midi après une conférence que j'offrais. J'ai une habitude très sérieuse de toujours prendre un dessert en de telles occasions, mélange de tradition ou de compensation personnelle pour mission-accomplie ou d'un appel du corps qui laisse présager un diabète hériditaire, leg paternel. Toujours est-il que les organisateurs de la rencontre m'avaient invité à dîner et que ceux qui avait pris le "buffet-go-crazy" ont eu droit à un dessert qui me faisait saliver abondamment, dessert que le temps ne me permettait pas de prendre, moi qui avais commandé à la carte. (J'haïs les buffets pour m'en confesser.) Comme les organisateurs devaient retourner là-bas, je n'ai pas osé commander ledit dessert, mais en sortant du restaurant, j'ai réalisé que mon envie avait atteint la proportion d'une obssession.
Et c'est là, dans un Tim Horton juste à côté, où j'ai renoué avec la vie de campagne. Moi qui ai l'habitude de prendre le muffin aux bleuets sans gras, j'ai décidé d'enfourner la gros beigne aux fraises recouvert de sucre à glacer. La préposée est souriante, je lui commande le beigne en tentant d'articuler malgré mes mâchoires qui frétillent d'impatience. Elle me répond : "Le donut qu'est roulé dans la poudre blanche?". Je dis oui, vaguement confus avec la référence à la poudre blanche, ce qui a pour effet de faire disparaitre tout relent de culpabilité : qu'est-ce qu'une dépendance aux desserts quand la cocaine serait bien plus dommageable?
Et là, elle me pousse dans un grand éclat de rire : Attention de pas salir ta belle suit avec ça! Comme si on était de grands amis. Comme si j'étais un régulier de l'établissement et que je me tapais un beigne roulé dans la cocaine à tous les matins. Je réalise à quel point il est bon de côtoyer des gens qui ne sont pas pognés dans des principes douteux qui veulent qu'on ne blague pas avec les étrangers. Des gens qui se rendent la vie agréable en rendant leur travail agréable en étant eux-mêmes agréables. Je réalise que partout où je suis passé en Acadie, les commerçants se sont informés de moi. D'où je viens? Si je passe des belles vacances? Si je connais un tel qui vit à Ottawa lui aussi? Si je vais revenir...
Je me tape le beigne joyeusement. J'ai de la poudre blanche dans la barbe. Du coulis de fraise sur la cravate. Mais ce jour-là, je me dis que peut-être que ce serait pas si bête après tout...
J'ai eu deux occasions de me rendre dans mon coin de pays natal au cours de l'été. Les deux fois, j'ai eu cette impression de vie simple, de bonne humeur contagieuse et d'harmonie humide et chaleureuse avec l'univers. Tout ça s'est déclenché cet après-midi après une conférence que j'offrais. J'ai une habitude très sérieuse de toujours prendre un dessert en de telles occasions, mélange de tradition ou de compensation personnelle pour mission-accomplie ou d'un appel du corps qui laisse présager un diabète hériditaire, leg paternel. Toujours est-il que les organisateurs de la rencontre m'avaient invité à dîner et que ceux qui avait pris le "buffet-go-crazy" ont eu droit à un dessert qui me faisait saliver abondamment, dessert que le temps ne me permettait pas de prendre, moi qui avais commandé à la carte. (J'haïs les buffets pour m'en confesser.) Comme les organisateurs devaient retourner là-bas, je n'ai pas osé commander ledit dessert, mais en sortant du restaurant, j'ai réalisé que mon envie avait atteint la proportion d'une obssession.
Et c'est là, dans un Tim Horton juste à côté, où j'ai renoué avec la vie de campagne. Moi qui ai l'habitude de prendre le muffin aux bleuets sans gras, j'ai décidé d'enfourner la gros beigne aux fraises recouvert de sucre à glacer. La préposée est souriante, je lui commande le beigne en tentant d'articuler malgré mes mâchoires qui frétillent d'impatience. Elle me répond : "Le donut qu'est roulé dans la poudre blanche?". Je dis oui, vaguement confus avec la référence à la poudre blanche, ce qui a pour effet de faire disparaitre tout relent de culpabilité : qu'est-ce qu'une dépendance aux desserts quand la cocaine serait bien plus dommageable?
Et là, elle me pousse dans un grand éclat de rire : Attention de pas salir ta belle suit avec ça! Comme si on était de grands amis. Comme si j'étais un régulier de l'établissement et que je me tapais un beigne roulé dans la cocaine à tous les matins. Je réalise à quel point il est bon de côtoyer des gens qui ne sont pas pognés dans des principes douteux qui veulent qu'on ne blague pas avec les étrangers. Des gens qui se rendent la vie agréable en rendant leur travail agréable en étant eux-mêmes agréables. Je réalise que partout où je suis passé en Acadie, les commerçants se sont informés de moi. D'où je viens? Si je passe des belles vacances? Si je connais un tel qui vit à Ottawa lui aussi? Si je vais revenir...
Je me tape le beigne joyeusement. J'ai de la poudre blanche dans la barbe. Du coulis de fraise sur la cravate. Mais ce jour-là, je me dis que peut-être que ce serait pas si bête après tout...
mardi 28 juin 2011
182. Les grands débarras
Je ne crois pas que je suis une exception. Je prédis même que la tendance sera à vivre de moins en moins avec la même personne toute la vie durant. Je parle pour mon église, une église pas très catholique d'ailleurs.
Sauf que je suis de ceux qui ne sont pas faits pour ça. Je suis pas moderne. Je veux pas être avant mon temps. J'aurais voulu une petite vie toute simple : manger, boire, devenir grand-père et mourir. Mais ça ressemble pas beaucoup à ça ma vie, et il semble bien que j'y peux rien.
Je raconte tout ça parce que je me retrouve encore une fois devant le même dilemne. Que faire des souvenirs? La première fois, je savais exactement quoi faire parce que je n'avais pas songé à d'autres options que de faire le grand vide, à me débarrasser de tout par de grands gestes joyeux et hystériques. Glad a fait une fortune avec moi et mes éboueurs en parlent encore. J'avais besoin de reprendre ma vie en main, de me sentir chez moi, de reconstruire, de repartir à zéro - expression consacrée s'il en est - de tout foutre en l'air.
On fait quoi de tout ce qu'on accumule? Je ne saurai jamais si j'ai bien fait de me débarrasser de tout ce qui me rappelait Relation no. 1. Est-ce que je serais celui que je suis aujourd'hui si j'avais continué à vivre dans mon passé? Si j'avais tout gardé, aurais-je pu développer l'identité que j'ai maintenant?
Donc, en fin de semaine, je me suis retrouvé devant une peinture reçue de Relation no. 2. Depuis un bout de temps, je l'avais retirée du mur et rangée dans un coin. Mais là j'avais besoin du coin, et je fais quoi avec la peinture? Je l'aimais dans le temps, je l'aime moins. En fait, je sais même plus si je l'aime encore. Et là je regarde autour, et je vois plein de souvenirs-en-devenir de Relation no. 3. Je suis pas pour passer ma vie à tout crisser à la poubelle à chaque fois que quelqu'un passe faire un tour dans ma vie!
Alors la question se pose : comment on fait pour vivre dans ses souvenirs quand ils sont pas beaux?
Sauf que je suis de ceux qui ne sont pas faits pour ça. Je suis pas moderne. Je veux pas être avant mon temps. J'aurais voulu une petite vie toute simple : manger, boire, devenir grand-père et mourir. Mais ça ressemble pas beaucoup à ça ma vie, et il semble bien que j'y peux rien.
Je raconte tout ça parce que je me retrouve encore une fois devant le même dilemne. Que faire des souvenirs? La première fois, je savais exactement quoi faire parce que je n'avais pas songé à d'autres options que de faire le grand vide, à me débarrasser de tout par de grands gestes joyeux et hystériques. Glad a fait une fortune avec moi et mes éboueurs en parlent encore. J'avais besoin de reprendre ma vie en main, de me sentir chez moi, de reconstruire, de repartir à zéro - expression consacrée s'il en est - de tout foutre en l'air.
On fait quoi de tout ce qu'on accumule? Je ne saurai jamais si j'ai bien fait de me débarrasser de tout ce qui me rappelait Relation no. 1. Est-ce que je serais celui que je suis aujourd'hui si j'avais continué à vivre dans mon passé? Si j'avais tout gardé, aurais-je pu développer l'identité que j'ai maintenant?
Donc, en fin de semaine, je me suis retrouvé devant une peinture reçue de Relation no. 2. Depuis un bout de temps, je l'avais retirée du mur et rangée dans un coin. Mais là j'avais besoin du coin, et je fais quoi avec la peinture? Je l'aimais dans le temps, je l'aime moins. En fait, je sais même plus si je l'aime encore. Et là je regarde autour, et je vois plein de souvenirs-en-devenir de Relation no. 3. Je suis pas pour passer ma vie à tout crisser à la poubelle à chaque fois que quelqu'un passe faire un tour dans ma vie!
Alors la question se pose : comment on fait pour vivre dans ses souvenirs quand ils sont pas beaux?
mardi 21 juin 2011
181. La fête des pères
Alors hier c'était la fête des pères. C'est plus tout à fait ce que ça a déjà été. Fini les cartes faites à la main ou les photocopies que la madame a fait colorier. Fini les cadeaux qu'on sait pas trop ce que c'est, mais qu'on dit que c'est beau pis qu'on met des crayons dedans, même si le bambin te regarde d'un air bizarre quand tu le fais.
Tout juste un mot sur Facebook pour te souhaiter une bonne journée, mais heille je ne m'en plains pas. Je vois des conjoints qui font la même chose pour souhaiter bon anniversaire à leur mari ou à leur femme. C'est comme quand j'écoute les radios communautaires pis que j'entends l'autre qui appelle pour faire souhaiter Joyeux Noël à sa blonde.
Ma plus belle fête des pères, ça devait être en 2006 je dirais. J'étais là-bas dans cette belle grande maison qui commençait à me ressembler. J'étais déjà séparé, mes filles vivaient avec moi. Il faisait un temps superbe et nous avions planifié un souper entre nous dans la cour arrière sur la petite terrasse. Mon aînée avait un copain, mais il serait avec sa famille lui aussi ce soir-là. Ce serait intime.
Alors qu'on planifiait le tout, l'une des filles reçoit un appel d'une de ses amies. Son père venait de sacrer le camp et on ne savait pas trop où il était. On l'invite, ce ne sera qu'une personne de plus. On l'aime bien, on la fera rire un peu. Re-dring. C'est le copain. Ça va pas chez-lui, il vient d'y avoir une chicane. Curieux puisqu'habituellement, sa famille sont des gens qui ne se parlent pas. Mais bon, il sera de la partie aussi. La salade grossit. Les brochettes se multiplient. La terrasse sera trop petite, on décide de transporter la table sur le gazon, parmi les fleurs, pourquoi pas.
Et ils sont tous là. Mes deux filles. Le copain un peu triste, mais tout content d'être avec nous, sa famille de remplacement. L'amie est là, ses grands yeux bleus tout rouge qui ne sait pas trop quoi penser de tout ça, mais qui semble avoir tout juste reçu un billet de retour de l'enfer. Le chien court partout, c'est cloturé et il est heureux. En fait, tout le monde qu'il aime est là. Et moi, je suis le père de tout ça. Un père chanceux qui a le sentiment ce soir là d'avoir pris les bonnes décisions, d'avoir fait les bons choix. Pour mon bonheur à moi, et pour le bonheur des autres.
Je me demande c'était quoi la plus belle fête des pères de mon père à moi?
Tout juste un mot sur Facebook pour te souhaiter une bonne journée, mais heille je ne m'en plains pas. Je vois des conjoints qui font la même chose pour souhaiter bon anniversaire à leur mari ou à leur femme. C'est comme quand j'écoute les radios communautaires pis que j'entends l'autre qui appelle pour faire souhaiter Joyeux Noël à sa blonde.
Ma plus belle fête des pères, ça devait être en 2006 je dirais. J'étais là-bas dans cette belle grande maison qui commençait à me ressembler. J'étais déjà séparé, mes filles vivaient avec moi. Il faisait un temps superbe et nous avions planifié un souper entre nous dans la cour arrière sur la petite terrasse. Mon aînée avait un copain, mais il serait avec sa famille lui aussi ce soir-là. Ce serait intime.
Alors qu'on planifiait le tout, l'une des filles reçoit un appel d'une de ses amies. Son père venait de sacrer le camp et on ne savait pas trop où il était. On l'invite, ce ne sera qu'une personne de plus. On l'aime bien, on la fera rire un peu. Re-dring. C'est le copain. Ça va pas chez-lui, il vient d'y avoir une chicane. Curieux puisqu'habituellement, sa famille sont des gens qui ne se parlent pas. Mais bon, il sera de la partie aussi. La salade grossit. Les brochettes se multiplient. La terrasse sera trop petite, on décide de transporter la table sur le gazon, parmi les fleurs, pourquoi pas.
Et ils sont tous là. Mes deux filles. Le copain un peu triste, mais tout content d'être avec nous, sa famille de remplacement. L'amie est là, ses grands yeux bleus tout rouge qui ne sait pas trop quoi penser de tout ça, mais qui semble avoir tout juste reçu un billet de retour de l'enfer. Le chien court partout, c'est cloturé et il est heureux. En fait, tout le monde qu'il aime est là. Et moi, je suis le père de tout ça. Un père chanceux qui a le sentiment ce soir là d'avoir pris les bonnes décisions, d'avoir fait les bons choix. Pour mon bonheur à moi, et pour le bonheur des autres.
Je me demande c'était quoi la plus belle fête des pères de mon père à moi?
samedi 28 mai 2011
180. Trente ans et cinquante livres
Blogue, je t'ai négligé. C'est que j'étais bien occupé. D'ailleurs, ce soir j'ai terminé le quatre-vingtième scénario (oui, tu as bien entendu) pour un projet qui me tient à coeur et je suis à nouveau tout à toi.
Il me reste à taper ça demain, mais ce n'est rien. J'ai tout écrit à la main, dans l'avion, sur une table de Tim Horton et dans le petit chalet où je suis pour la fin de semaine.
C'est un peu le retour aux sources pour moi. La fameuse péninsule où je suis né. Je suis ici pour affaires, mais c'était plus fort que moi. Je suis à cinq minutes où j'ai pu montrer mes cartes pour la première fois, confirmer que j'avais 19 ans, que je pouvais entrer au maudit Belair qui me refusais l'accès jusqu'alors. (Bien que j'avais réussi à m'y faufiler à quelques reprises avant l'âge légal.)
Sitôt les formalités finies, je décide de me rendre au Belair, juste pour un verre. Juste pour voir de quoi ça a l'air. D'abord tournée dans Tracadie à la recherche d'un guichet automatique. Pas évident du tout. Il me vient à l'esprit que merde ça fait longtemps que j'ai pas cherché un guichet automatique puisque d'habitude je trébuche dessus que je le veuille ou non.
Cent piasses en poches, je me diriges vers ce fameux Belair. Le stationnement est vide, c'est de mauvaise augure. Toutes les affiches sont pourtant là, l'entrée et tout et tout, la même d'ailleurs. Porte fermée. Affiche qui indique que c'est ouvert jusqu'à 2h, pourtant. Tant pis pour le Belair. Toutes les autos sont stationnées près du Jukebox, sans doute la raison pour laquelle le Belair fait de mauvaises affaires. Je suis un inconnu, qu'est-ce que j'en ai à foutre. J'entre au Jukebox. C'est bondé. Je paye mon cinq piasses. Je commande un drink. La serveuse semble trouver mon pourboire généreux.
Le Jukebox, c'est un petit club dans un strip mall. Trois bars, une vaste piste de danse. Je me retrouve à peu de choses près au poulailler de Losier Settlement où j'allais cruiser les filles après avoir fermé le centre récréatif où je travaillais. Sauf que tout le monde à trente ans de plus et une petite cinquantaine de livres de plus, toutes mal localisées. C'est la même gang, j'en suis convaincu. La preuve : après à peine dix minutes, je me fais cruiser par une Pallot de Rocheville.
Je regarde tout autour. C'est un peu ahurissant. Ça me fait sourire, mais je me sens bien. J'ai fait un maudit bout de chemin depuis la Péninsule. Et là je commets l'impensable : je saute sur la piste de danse. Je suis vivant.
Il me reste à taper ça demain, mais ce n'est rien. J'ai tout écrit à la main, dans l'avion, sur une table de Tim Horton et dans le petit chalet où je suis pour la fin de semaine.
C'est un peu le retour aux sources pour moi. La fameuse péninsule où je suis né. Je suis ici pour affaires, mais c'était plus fort que moi. Je suis à cinq minutes où j'ai pu montrer mes cartes pour la première fois, confirmer que j'avais 19 ans, que je pouvais entrer au maudit Belair qui me refusais l'accès jusqu'alors. (Bien que j'avais réussi à m'y faufiler à quelques reprises avant l'âge légal.)
Sitôt les formalités finies, je décide de me rendre au Belair, juste pour un verre. Juste pour voir de quoi ça a l'air. D'abord tournée dans Tracadie à la recherche d'un guichet automatique. Pas évident du tout. Il me vient à l'esprit que merde ça fait longtemps que j'ai pas cherché un guichet automatique puisque d'habitude je trébuche dessus que je le veuille ou non.
Cent piasses en poches, je me diriges vers ce fameux Belair. Le stationnement est vide, c'est de mauvaise augure. Toutes les affiches sont pourtant là, l'entrée et tout et tout, la même d'ailleurs. Porte fermée. Affiche qui indique que c'est ouvert jusqu'à 2h, pourtant. Tant pis pour le Belair. Toutes les autos sont stationnées près du Jukebox, sans doute la raison pour laquelle le Belair fait de mauvaises affaires. Je suis un inconnu, qu'est-ce que j'en ai à foutre. J'entre au Jukebox. C'est bondé. Je paye mon cinq piasses. Je commande un drink. La serveuse semble trouver mon pourboire généreux.
Le Jukebox, c'est un petit club dans un strip mall. Trois bars, une vaste piste de danse. Je me retrouve à peu de choses près au poulailler de Losier Settlement où j'allais cruiser les filles après avoir fermé le centre récréatif où je travaillais. Sauf que tout le monde à trente ans de plus et une petite cinquantaine de livres de plus, toutes mal localisées. C'est la même gang, j'en suis convaincu. La preuve : après à peine dix minutes, je me fais cruiser par une Pallot de Rocheville.
Je regarde tout autour. C'est un peu ahurissant. Ça me fait sourire, mais je me sens bien. J'ai fait un maudit bout de chemin depuis la Péninsule. Et là je commets l'impensable : je saute sur la piste de danse. Je suis vivant.
Inscription à :
Articles (Atom)