lundi 22 octobre 2007

55. En parlant de cette maison

D'aucun disaient que la mer me manquerait alors que ce sont les arbres qui se sont imposés comme un must dans mes réflexions sur l'achat d'une prochaine maison. Comme quoi on sort le gars de la forêt mais.. vous connaissez le reste. J'étais donc allé voir de ces nouveaux développements résidentiels, question d'acheter maintenant et d'emménager au printemps. Mais j'en ai fait mon deuil vite car j'ai réalisé qu'il n'était pas question que j'aille m'établir dans un coin sans arbres, comme les sont tous les nouveaux quartiers de ma ville (et d'ailleurs probablement). J'avais une certaine appréhension aussi des tricycles qui jonchaient ces belles rues neuves, considérant que ma contribution à la société était chose faite et mécaniquement impossible de toute façon. Je me promenais donc dans des coins plus anciens de la ville quand j'ai déniché le quartier idéal. Des grands arbres adultes, de gentilles vieilles dames en train d'arroser leurs plate-bandes, de chiens qui tirent leurs maîtres à la retraite. J'ai contacté un agent en lui disant de m'aviser quand il y aurait quelque chose à vendre dans le coin, chose qui ne s'était pas produite depuis trois ans, semblait-il. Je n'étais pas pressé.
Comme je crois au destin - c'est mon seul défaut spirituel - j'ai attendu et l'occasion s'est présentée la semaine dernière. Des gens qui ne quittent pas avant le printemps, comme je le souhaitais. L'emplacement est parfait pour moi. C'est un townhouse des années quatre-vingts. La Saw Mill Creek et la piste cyclable qui la longe sont en boni. C'est à 5 minutes de mon travail et à deux pas de la rue Bank. Avant tout, il y de grands arbres à l'arrière. J'espère que les voisns seront pas trop chiants

54. Des nouvelles de Soeur Sourire

J'ai appris, tout à fait par hasard, que Soeur Sourire, peu après avoir enregistré son tube de l'époque, avait défroqué.
La chansonnette gaillarde devait avoir quelque chose de prémonitoire car Soeur Sourire se serait mise à niquer (Dominique, nique, nique...) avec une autre femme et au terme d'une relation difficile, se serait bêtement suicidée. (J'aime imaginer qu'elle l'a fait en se donnant de grands coups de guitare, bref qu'elle s'est kabonguée, mais ce n'est que mon imagination qui déborde et qui m'amène à ce demander ce qu'il y avait dans mon café ce matin?!)
C'est quand même triste, même si c'est moins croustillant qu'avec les détails que j'ai imaginés.
Ah oui, je me suis acheté une maison. Derrière, il y a des arbres et un ruisseau. L'agent immobilier m'a dit que j'avais une vue sur l'eau. J'espère qu'elle blaguait mais je l'ai acheté quand même. Il y a aussi une toute petite terrasse où je pourrai mettre une petite table et une petite chaise pour prendre mon petit-déjeuner.
Mais l'achat de la maison n'a rien à voir avec le fait que Soeur Sourire était une défroquée lesbienne alcoolique.

mercredi 11 juillet 2007

53. L'immatriculée conception

Finalement, j'ai mes plaques d'immatriculation de l'Ontario.
Ais-je omis de vous partager qu'au moment de recevoir mon permis de conduire (voir déboires précédents), l'aimable caissière avait laissé glissé « Vous avez un véhicule? » dans la conversation?
Moi, le cave, j'avais répondu oui.
Ce à quoi elle avait rétorqué sur un ton qui semblait à peine cacher qu'elle savait exactement dans quelle merde je me retrouverais : « Ben dans c'cas, vous avez trente jours pour la faire immatriculer. En Ontario, ça va ensemble. »
Vlan dans les couilles.
Je suis sorti du bureau des permis de conduire -- qui n'est pas le même que le bureau des plaques d'immatriculation même si « ça va ensemble » -- en me disant que la première chose à faire serait de rapatrier ladite auto en Ontario, question qu'elle se fasse baptiser de nouvelles plaques.
J'ai donc pris un aller-simple en avion pour Halifax puisque je devais me rendre à Québec au début du mois. Comme le compte à rebours du sablier gouvernemental était parti, je suis reparti, avec l'auto, de Halifax en passant par Ottawa pour me rendre à Québec. Y'a rien de trop beau pour se faire immatriculer dans les délais prescrits.
La semaine dernière, je me présente donc au bureau du placage immatriculatif que j'ai trouvé à grand coup de recherches googliennes. J'ai avec moi un dossier assez lourd qui retrace même l'arbre généalogique de mon véhicule.
Bondée de monde était la place, vous dis-je en inversant les éléments syntaxiques pour vous confondre davantage et vous partager un brin de ma détresse. Une éternité s'est écoulée entre le moment où j'ai décroché le petit billet rose et le moment où on l'a appellé. J'ai observé les autres crétins qui sont arrivés après moi et on fait tous exactement la même chose. On donne un coup sec sur le bidule qui crache sa série de petits billets sur le principe du papier de toilette; on le regarde pour être certain qu'on n'en a qu'un seul et qu'il comporte un numéro quelconque; et on promène nos yeux hagards sur les murs beige fade pour trouver l'afficheur qui déterminera combien d'autres hallucinés doivent passer au comptoir avant qu'arrive notre tour. J'avais le numéro 84; on était rendu à 17.
J'avais sérieusement besoin de me refaire la barbe quand mon numéro a été appellé. Je lui expose l'intention de ma démarche et j'ai cru pour un instant que j'avais affaire à une automate quand elle a levé le bras pour m'indiquer la réception en me disant : « 'vous manque des papiers. Allez voir la réception pis à va vous dire quossé qui vous manque. » C'est quand même bien le service en français.
Il m'était difficile de me réjouir du fait qu'il n'y avait personne en file à la réception. Les heures que j'avais perdues auraient pu être épargnées si j'avais commencé par là et c'était là le petit côté difficile à avaler. La préposée occupait au moins les deux-tiers de l'espace qui lui était réservé. L'espace en question était assez spacieux alors tirez vous-mêmes vos conclusions. Elle était d'une gentillesse exceptionnelle et elle m'a même fournie, écrite à la main svp, une liste des documents dont j'avais besoin. Bref, il me manquait une inspection de mon véhicule et un test d'émissions polluantes. Le reste, je l'avais semble-t-il.
Je suis retourné au bureau et après avoir enregistré ma demi-journée d'absence " pour raisons personnelles ", je me suis rué sur le bottin pour me trouver le Canadian Tire le plus proche.
- L'inspection du véhicule, on peut vous la faire avant la fermeture pis on ferme juss' à 9h à soir.
Je l'aurais frenché.
- Mais le test d'émissions, ça, on peut pas avant demain.
Shit. Comme un malheur ne vient jamais seul, il ajoute :
- On prend pas de rendez-vous pour les tests de même.
- Alors on fait quoi?, que je lui demande.
- Ben, on ouvre le comptoir à 7h pis on commence à rentrer les autos vers les 8h. C'est premier arrivé, premier servi.
Je devais avoir le non-verbal assez puissant car de l'autre bout de la ligne, il ajouta :
- On est sur semaine, c'est pas trop occupé le matin. Si vous venez de bonne heure, vous passerez sûrement le premier.
Le lendemain matin, à 6h30 j'étais dans mon auto sous la pluie battante pour me rendre au Canadian Tire qui est situé près de mon bureau. J'avais apporté des dossiers, mon portable, bref de quoi me tenir occupé pendant quelques heures. J'avais aussi l'intention d'observer ce que ces enfoirés foutaient entre 7h et 8h.
En attendant sur les feux rouges, je repasse la liste que la vaste réceptionniste m'avait préparée. Elle a écrit "Ownership". Dans mon gros dossier, j'ai bien un certificat qui confirme que je suis propriétaire du véhicule alors je me dis que ça doit être ça. Dans le compartiment de la portière de mon auto, j'ai aussi le certificat qui confirme que je suis le propriétaire des plaques. C'est comme ça dans ma province d'origine. À tout hasard, je me dis que je vais le mettre dans le dossier quand même. En conduisant d'une main et en changeant les vitesses de cette même main, qui sert aussi à l'occasion à prendre une lampée de café que j'apporte pour passer le temps entre 7h et 8h, je fouille de l'autre main le compartiment en question.
Je range les assurances et le certificat d'enregistrement dans le même petit machin depuis que je suis propriétaire d'une auto. Mon copain, lui, il trouve que c'est pas prudent de laisser tout ça dans la portière car il croit aux voleurs comme d'autres croient au Père Noël. Comme c'est lui qui utilise l'auto la plupart du temps, il a pris l'initiative de nous protéger des méchants bandits et de retirer ces papiers de leur cachette.
Je sors mon cellulaire et compose son numéro de la main qui conduit, qui change les vitesses et qui boit du café.
- Où sont les assurances et les enregistrements de l'auto?
- Euhhh, qu'il me répond dans un français impeccable.
- Dans le couffre?
- Le coffre.
- Dans le coffre peut-être?
- Il mouille à varse.
- What?
- Il pleut beaucoup.
- Ah.
- OK, je vais m'arranger.
- Have a good day.
- Ouain, c'est ça.
À 6h40, je décide que c'est foutu de toute façon. Je décide de rentrer au bureau et de remettre tout ça à une date ultérieure.
Dans la matinée, je transfère mes assurances d'auto en Ontario. J'évite bien de mentionner que j'ai perdu -- que quelqu'un a mis le document en sureté -- le certificat. Le lendemain, j'avais de nouveaux certificats dans la poste. Une efficacité renversante qui m'a fait croire que le destin venait de me placer sous une bonne étoile. Ce soir-là, je me suis endormi en rêvant au Canadian Tire pour le lendemain matin.
Cinq cent dollars plus tard, l'auto sortait de là avec des freins neufs et les deux certificats requis. Elle n'avait probablement pas plus besoin de freins neufs que moi d'un onzième orteil mais je n'ai rien questionné quand on m'a donné le diagnostic. Shlic-shlak, qu'on en finisse, cibouère.
Je suis donc retourné voir l'immatriculeuse ce matin avec tous les documents de la liste et bien plus encore. Elle m'a remis deux plaques. Une pour devant. Une pour "le bout", comme elle a dit. C'est bien quand même le service en français.
- En Nouvelle-Écosse, on n'en a qu'une à l'arrière. Il m'en faut une à l'avant?
- Oui, c'est la loi.
- Mais j'ai rien pour accrocher une plaque à l'avant.
- Tu peux acheter le support pour la plaque...
- ... au Canadian Tire, dirent-nous en choeur.
C'est donc commode, le Canadian Tire.

lundi 18 juin 2007

52. Bob Baker et les autres

Bob Barker prend sa retraite. Je sais pas pourquoi je parle de lui parce qu'il me dérange pas trop. Ça me rappelle juste quelques souvenirs. Les premiers mots d'anglais que j'ai appris. Les Pinto qu'on trouvait pas chères parce qu'on connaissait rien de la dévaluation du dollar canadien. Le Rice-A-Roni qu'on ne trouvait pas dans nos épiceries mais qui avait l'air ben bon.

51. Des vestons roses

Je l'aurais reconnue, eussions-nous été sur la Place Saint-Pierre-de-Rome le jour du décès de Jean-Paul II. Nous nous étions donné rendez-vous dans un petit bistro de la rue Laurier et je me dirigeai directement vers cette femme que je n'avais pourtant jamais rencontrée. Son veston de cuir rose, ses verres choisis avec soin, son allure générale ne trompaient pas : je savais qu'elle était francophone.
Elle m'a contacté parce qu'elle avait vaguement entendu parler que je trempais dans des histoires de questionnement identitaire, les traits qui font qu'une personne développe une identité francophone. Ce serait pourtant si simple si nous portions tous des vestons de cuir rose pour nous distinguer. Ce n'est pas le cas : nous sommes en tous points identiques à nos colocs du vaste territoire canadien de langue anglaise. De plus, si par hasard on est « parfaitement » bilingue, le premier imbécile risque de s'y méprendre et de présumer que vous êtes un anglo.
Je m'asseois :
- Alors, mon cher monsieur, me dit-elle. C'est quoi l'identité francophone?

vendredi 15 juin 2007

50. Terre d'écueils

J'avais une petite heure à tuer et les bureaux du ministère de la Santé se trouvaient sur mon chemin pour me rendre à une réunion.
On m'avait dit que l'attente serait interminable et que je devrais signer de mon sang des documents auxquels il me faudrait apposer l'empreinte de mon gros orteil. Il n'en fut rien. J'obtins ma carte-santé de l'Ontario en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Soyons précis quand même : j'obtins la temporaire, celle qui n'a pas de photo. La vraie, celle qui comporterait la photo qu'on avait pris ce matin-là, arriverait dans deux semaines, me dit le préposé en baillant comme si c'était la chose la plus banale au monde.
Quelques jours plus tard, quatre exactement, je me rends à une location d'auto de mon quartier pour récupérer un véhicule que j'ai loué en ligne. Mon aînée est en ville et elle a plusieurs déplacements à faire qu'une auto facilitera.
L'agent est un jeunot zélé originaire de la Nouvelle-Écosse. Ça nous crée des liens aussi imprévus qu'insipides. Il me raconte qu'il a quitté sa mère et son coin de pays pour une fille d'Ottawa qui a une grosse maison. Je suppose qu'il voulait me dire par là qu'elle avait aussi beaucoup d'argent. L'un ne va pas sans l'autre dans les parages. Je m'en foutais un peu et je m'en fous encore beaucoup mais ce genre de détail incongru a tendance à me faire déraper un peu. Néanmoins, peu importe ce que sa conjointe avait de gros, il se trouvait là à me louer une bagnole.
- Votre adresse d'Ottawa n'est pas la même que celle de votre permis de conduire, me dit le petit futé.
J'ai songé pour un instant de feindre le grand étonnement et de lui dire que ce qu'il m'annonçait troublait mon équilibre psychique et que mes chakras s'en trouvaient tout débalancés mais je me retins. Je me contentai de lui confirmer qu'il avait effectivement raison.
- J'ai pas eu le temps.. trop occupé.. le ferai bientôt, lui marmonnai-je. Enwoèye, loue-moi donc la criss d'auto, pensai-je.
- Vous habitez ici depuis quand?
Là, je m'inquiétai qu'il allait recommencer dans les confidences malheureuses et j'avais envie de lui dire qu'on était pas accoudés à un bar mais qu'il était 8h du matin pis que j'avais besoin d'une auto.
- Janvier.
- Votre permis n'est plus valide, vous aviez 60 jours pour l'échanger, dit-il en refermant le dossier, fier de son petit effet.
Je devais vouloir cette auto désespérément car j'eus la présence d'esprit de lui dire que je n'étais permanent ici que depuis un mois, ce qui était énorme comme menterie mais génial pour dénouer l'impasse.
Il goba mon conte de fée et rouvrit le dossier, bien obligé de compléter la transaction devant un argument aussi massif. Je louai l'auto et me dirigeai directement au bureau des renouvellements de permis de conduire, prêt à déballer mon baratin au premier fonctionnaire venu.
Ce ne fut pas très long là non plus, même pas de questions. Clic la photo. Schlic-schlac le 75$ réglementaire. Pan-pan les estampes de circonstances.
Je me dois ici de mentionner, et de vous faire remarquer, à quel point les employés responsables des estampes semblent joyeux et un brin délurés. Ils ont un entrain hors du commun et apposent leur tache d'encre un peu comme s'ils avaient un petit orgasme succint et truffé de complaisance. La lèvre supérieure se raidit, les nerfs du cou sont tendus et... pan-pan. Une touche de condescendance, et elle me tend mes documents sur lesquels je lis : Permis valide, photo non-requise.
Je dis : Euh...
Habituée comme pas une à la surprise générale des types comme moi, elle m'explique qu'en Ontario, c'est correct de ne pas avoir de photo sur le permis temporaire mais que j'aurai le vrai dans quatre semaines, par la poste, merci monsieur, suivant, qu'elle a dit.
Je sortis de l'édifice avec mon permis de conduire temporaire que je rangeai juste à côté de ma carte-santé temporaire. Moi qui venais d'annoncer au mari de la grosse maison que j'étais maintenant permanent, je comprenais de mieux en mieux l'expression gros-jean-comme-devant.
Vers 21h30, vendredi soir, mes yeux ont sursauté dans leur cavité et j'ai réalisé que je n'avais plus aucune pièce d'identité avec photo puisque je n'ai pas de passeport valide. J'étais un sans-papier, en Ontario.
Dimanche après-midi, j'allais voir une pièce de théâtre co-écrite par une amie, traitant des réalités de l'immigration, telles que vécues par les fonctionnaires du ministère de l'accueil et telles que survécues par les immigrants eux-mêmes.
Je me suis dit qu'au moins, eux, ils avaient tous un maudit passeport, preuve de leur identité, photo à l'appui. Il pouvaient, eux, prendre l'avion pour North Bay ou même Sudbury, si l'envie leur en prenait. À moi, ce droit serait refusé sans discussion par un agent de bord en pleine puberté.
Terre d'accueil ou terre d'écueils?

mercredi 30 mai 2007

49. Un zèbre à onze heures

Je suis allé dans le pays voisin aujourd'hui pour un congrès syndical, celui du plus gros syndicat québécois, que je ne nommerai pas puisque je vais en parler et qu'on pourrait reconnaître les personnages, fictifs bien entendu. Wink, wink.
Je m'étais pointé là sur une obscure invitation dont je doutais un peu. J'étais quand même curieux de me mêler à cette grosse machine pour voir un peu de quoi il en retourne. Je m'étais imaginé assis dans la dernière rangée, discrètement, mine de rien. Ni vu, ni connu, genre.
Il en fut tout autre. Présentations, tata à la foule, assis au rang d'honneur, photographe à six pouces du nez pour marquer l'événement. Ils font les choses en grand ou ils ont pas de visite souvent.
J'ai quand même retrouvé toute une autre atmosphère que ce que j'avais vu jusqu'à maintenant. Disons que ça redéfinit le syndicalisme. À comparer ce que j'ai entendu, je dirais que partout ailleurs, les congrès équivalent à des soirées sociales.
J'ai quand même dû sourire par un effet du hasard qui m'a évité d'être trop dépaysé. En effet, comme entrée de jeu le président, voulant exprimer le besoin d'action a cité nulle autre qu'Edith Butler qui chantait, paraît-il, qu'il faut chanter pour ne pas disparaître. Un peu plus et je me serais attendu à ce que l'assemblée se lève pour swinger en chantant « Tu peux ben dormir tranquille, tidelida, tidelidou. »
J'ai été toute la journée fasciné par les expressions du président et de ses orateurs invités. Je me rends compte qu'on manque d'images à l'extérieur du Québec. Ou alors on ne réussit qu'à s'inspirer de l'anglais pour accoucher d'expressions pas tout à fait gracieuses. J'en ai répertorié quelques-unes aujourd'hui dont j'ai reconnu facilement la signification :
- s'arracher le poil de la noix (s'arracher les cheveux de la tête)
- s'étendre là pis attendre (ne rien faire)
- s'immoler devant l'Assemblée nationale (faire grand cas d'une situation et s'en faire le défenseur - NDLR inutilisable à l'extérieur du Québec, malheureusement)
- peinturer le salon quand la maison est en feu (probablement quelque chose à voir avec une mauvaise priorisation - inutile à l'extérieur du Québec car Patrimoine canadien subventionne la planification stratégique pour les francophones hors-Québec)
- se monter les gants blancs jusqu'aux épaules (un dérivé de se mettre des gants blancs mais comme l'orateur faisait dans les trois cents livres, l'image était plutôt troublante et j'étais tenté de lui dire qu'il aurait fait peur à n'importe quel interlocuteur avec des gants de petite communiante, pas besoin de les étirer ne serait-ce qu'au coude)
- être dans le trèfle jusqu'à la moitié des genoux (celle-là reste indécodable car 1) le trèfle ne pousse pas si haut 2) c'est quoi ça la moitié du genou? 3) hors-Québec quand on est dans quelque chose jusqu'au genou ou jusqu'au cou, c'est habituellement de la marde, terminologie qu'il me semble difficile d'interchanger avec le trèfle sans y perdre la nuance sémantique)
J'allais quitter sur cette note et je me suis souvenu du titre de ce texte. Un gars que je ne connaissais pas voulait probablement fraterniser et me faire sentir de la gang (s'il avait su le pauvre!). Il me dit : « Heille, eur'gar le zèbre à onze heures. » Bien que je comprenne tous les mots de la phrase pris séparément, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Comme il se doit quand on est nouveau dans la place, je lui souris comme un cave. Il insiste : « Eur'gar, eur'gar le beau ti-zèbre à onze heures, un ti-peu sur ta gauche. » Là, je regarde légèrement à ma gauche et je vois une greluche dans un minuscule chandail rayé noir et blanc mais qui épouse tellement ses formes volupteuses - et même celles qui le sont moins - qu'en effet, tout cela ressemble aux rayures d'un zèbre.
Les rayures étirées par la volupté se déforment, c'est bien connu.