Je suis ailleurs pour la soirée et j'ai fait un peu de route pour m'y rendre. J'aime bien la route parce que c'est relativement peu demandant et ça permet de penser. D'ailleurs, ça m'a fait penser à ce blogue alors m'y voilà après un mois d'absence.
Faut dire que c'est pas évident d'écrire pour le cyberespace. J'aimais bien quand les copains lisaient. Mais je suis déménagé pour des raisons que j'ai déjà expliquées mais pas encore digérées.
En fin de semaine, je me suis tapé la Sainte-Catherine et j'ai fait des achats un peu débiles financièrement mais les cartes de crédit sont faites pour ça parait-il. J'aime bien ce que j'ai acheté et c'est important parce que je crois que je vais les aimer longtemps; assez longtemps pour quand viendra le temps de les payer. Je compte là-dessus en tout cas.
Le gars qui m'a vendu le complet, il était plutôt gêné. Il avait l'air soulagé que le complet me faisait bien et qu'il n'avait pas besoin de retouches. Je crois qu'il aurait pas su quoi dire s'il avait fallu qu'il me fasse le coup d'essayer de me le vendre. Mais je l'aimais bien parce qu'il était pas tannant comme vendeur. Les vendeurs gênés ne sont pas tannants, c'est une théorie qui en vaut bien une autre.
Je crois qu'il aimait bien que je lui demande rien. Comme ça, il avait pas besoin de rien me dire. Mais ça l'a mis à l'aise, je crois. Les gens qui n'aiment pas parler, ils aiment bien qu'on leur fiche la paix. Quand j'ai eu fini de payer, il m'a dit qu'il aimait bien le complet que je venais d'acheter. Il m'en a montré un autre qu'il aimait bien. Il m'a confié, toujours sans me regarder, qu'il regrettait d'avoir porté un complet trop ordinaire pour sa graduation. "Un complet de chez Moores, ça se peut-tu?" qu'il m'a dit. "Y'a des gars qui en avaient des rouges, des jaunes, des suits flyés. Moi, le cave, j'avais un truc de chez Moores".
J'en ai conclu qu'il devait avoir dix-neuf ans s'il avait terminé l'an dernier. À moins qu'il ait fini son cégep, alors là il aurait plutôt dans les vingt et un.
Mais c'était difficile à dire parce qu'il avait toujours la tête baissée et il me regardait jamais.
Je suis sorti du magasin et je marchais sur la rue. Ça me faisait un peu chier qu'il aimait pas le complet qu'il portait à sa graduation. C'est comme rien qu'il va avoir des photos pour le lui rappeler toute sa vie. Le soir, j'ai repensé à son complet de chez Moores. Je crois que les gars de dix-huit ans (bon, peut-être vingt) devraient tous porter le complet qu'ils veulent pour leur graduation. Ensuite, j'ai pris quelques verres pour oublier tout ça.
lundi 30 avril 2007
mercredi 28 mars 2007
38. Ces années perdues
Hier soir, avec un copain et deux bouteilles de vin, j'ai adhéré à la théorie que les années où on a oublié de vivre ne comptent pas. Bon, physiquement on les fait. Mais mentalement, il faut les soustraire puisqu'elles ne comptent pas.
Ce soir, j'ai soupé avec un copain de seize ans et je célébrais mes trente-trois ans. On faisait un duo plutôt incongru mais à cet âge, on s'en sacre un peu.
Hier soir, à l'épicerie, il y avait une gentille petite vieille devant moi et elle voulait désespérément qu'on lui échange un billet de cent dollars pour cinq vingt piasses. La caissière à qui on avait affaire n'avait pas assez d'argent dans son tiroir-caisse. Tout le monde a essayé de l'aider et moi aussi en lui suggérant d'aller au comptoir des alcools. Elle était toute mignonne avec son rouge à lèvres et son billet de cent dollars dans sa petite main frêle.
La vieille maudite est partie avec trois de mes sacs d'épicerie. La badluck me suit comme une plaie qui ne lâche pas.
Pourtant, on dirait que la chance est en train de tourner. Ce matin, l'autobus passait au bout de ma rue quand je faisais le coin. Je commence à être habitué et je savais que ça voulait dire attendre un autre quinze minutes. Ben, je me suis hâté un peu. Arrivé au coin, l'autobus est là à l'arrêt, quatre voies plus loin. Je regarde à gauche, à droite. Pas d'auto. Je traverse la rue même si le petit bonhomme blanc n'est pas allumé et que la grosse main rouge me fait un finger discret. Bien sûr, l'autobus se met en branle. Et devinez quoi? Il m'a vu et il a arrêté son foutu autobus pour me laisser monter.
La vie est belle quand on a trente-trois ans.
Ce soir, j'ai soupé avec un copain de seize ans et je célébrais mes trente-trois ans. On faisait un duo plutôt incongru mais à cet âge, on s'en sacre un peu.
Hier soir, à l'épicerie, il y avait une gentille petite vieille devant moi et elle voulait désespérément qu'on lui échange un billet de cent dollars pour cinq vingt piasses. La caissière à qui on avait affaire n'avait pas assez d'argent dans son tiroir-caisse. Tout le monde a essayé de l'aider et moi aussi en lui suggérant d'aller au comptoir des alcools. Elle était toute mignonne avec son rouge à lèvres et son billet de cent dollars dans sa petite main frêle.
La vieille maudite est partie avec trois de mes sacs d'épicerie. La badluck me suit comme une plaie qui ne lâche pas.
Pourtant, on dirait que la chance est en train de tourner. Ce matin, l'autobus passait au bout de ma rue quand je faisais le coin. Je commence à être habitué et je savais que ça voulait dire attendre un autre quinze minutes. Ben, je me suis hâté un peu. Arrivé au coin, l'autobus est là à l'arrêt, quatre voies plus loin. Je regarde à gauche, à droite. Pas d'auto. Je traverse la rue même si le petit bonhomme blanc n'est pas allumé et que la grosse main rouge me fait un finger discret. Bien sûr, l'autobus se met en branle. Et devinez quoi? Il m'a vu et il a arrêté son foutu autobus pour me laisser monter.
La vie est belle quand on a trente-trois ans.
lundi 26 mars 2007
37. Soir d'élection
lundi 26 mars 2007
J'écoute les nouvelles en arrivant du bureau ce soir. J'ai trois ou quatre pensées assez claires :
- Anna Nicole : je pense que je m'en sacre.
- Elton John a soixante ans : je pense que ça me dérange un peu.
- Britney Spears a mangé des sushis : je me demande comment on a réussi à faire une nouvelle avec ça.
- La soirée des élections au Québec : je crois que j'ai pas le choix de m'y intéresser.
Je pitonne un peu en attendant la fermeture des bureaux de scrutin. C'est Virginie avec le gars qui était le chum crotté de la fille punk mère célibataire. Émilie que je pense qu'elle s'appelait. Lui, il a pas changé une miette mais dans Virginie, il est le directeur de l'école. Comme quoi tout est possible.
Je retourne aux élèctions, c'est Bernard Derome. Lui, il a pas changé non plus. Sauf qu'il a pas changé de job non plus. Qu'est-ce qu'on va faire quand il ne sera plus là pour animer les soirées d'élection?
On récapitule la campagne et de temps en temps, on voit les affiches sur les poteaux de téléphone. Tous les libéraux ont le poing sous le menton pour la photo, genre Ashley Rockwell. Tous les candidates, faut le faire. Même pas un de la gang pour dire " non les gars, on va avoir l'air de twits ". Assez pour que j'aurais pas voté pour eux si je vivais au Québec. Moi je voterai jamais pour un parti qui prend des photos de gang le poing sous le menton. Ni le doigt dans le nez d'ailleurs.
Les élections au Québec, j'écoute ça car je suis francophone minoritaire. Nous, éparpillés sur le reste du pays, on l'aime bien la menace séparatiste. On aime la menace car c'est elle qui nous garde vivants. Si les Québécois cessent de vouloir se séparer, on est cuits. Si les Québécois concrétisent la séparation, on est faits à l'os. Harper va se rouler par terre et probablement éructer de plaisir.
J'écoute les nouvelles en arrivant du bureau ce soir. J'ai trois ou quatre pensées assez claires :
- Anna Nicole : je pense que je m'en sacre.
- Elton John a soixante ans : je pense que ça me dérange un peu.
- Britney Spears a mangé des sushis : je me demande comment on a réussi à faire une nouvelle avec ça.
- La soirée des élections au Québec : je crois que j'ai pas le choix de m'y intéresser.
Je pitonne un peu en attendant la fermeture des bureaux de scrutin. C'est Virginie avec le gars qui était le chum crotté de la fille punk mère célibataire. Émilie que je pense qu'elle s'appelait. Lui, il a pas changé une miette mais dans Virginie, il est le directeur de l'école. Comme quoi tout est possible.
Je retourne aux élèctions, c'est Bernard Derome. Lui, il a pas changé non plus. Sauf qu'il a pas changé de job non plus. Qu'est-ce qu'on va faire quand il ne sera plus là pour animer les soirées d'élection?
On récapitule la campagne et de temps en temps, on voit les affiches sur les poteaux de téléphone. Tous les libéraux ont le poing sous le menton pour la photo, genre Ashley Rockwell. Tous les candidates, faut le faire. Même pas un de la gang pour dire " non les gars, on va avoir l'air de twits ". Assez pour que j'aurais pas voté pour eux si je vivais au Québec. Moi je voterai jamais pour un parti qui prend des photos de gang le poing sous le menton. Ni le doigt dans le nez d'ailleurs.
Les élections au Québec, j'écoute ça car je suis francophone minoritaire. Nous, éparpillés sur le reste du pays, on l'aime bien la menace séparatiste. On aime la menace car c'est elle qui nous garde vivants. Si les Québécois cessent de vouloir se séparer, on est cuits. Si les Québécois concrétisent la séparation, on est faits à l'os. Harper va se rouler par terre et probablement éructer de plaisir.
vendredi 23 mars 2007
36. Quand la chance tourne
vendredi 23 mars
La semaine dernière, je brunchais avec une nouvelle amie qui trouvait que j'avais beaucoup de chance. Pas juste être chanceux, mais une vraie chance au sens le plus crasse du mot, dans le genre de chance de l'expression " la chance pendue au cul ".
Et c'est vrai, que vu comme ça, je me trouvais plutôt chanceux, de ce type de chance là. Du coup, je me suis acheté un billet de loto. Je me souviens quand même avoir eu un curieux frisson quand elle m'a dit ça, car tout le monde sait bien que la chance, la vraie chance, c'est un nuage éphémère dans lequel on marche pour quelques jours.
Et bien il est vraiment passé. La chance est partie, le nuage est resté. Bien campé juste au-dessus de ma tête.
Ça a commencé par les pantalons qui ont tenté de dégringoler jusqu'en Australie. Les freins de l'auto. Le téléphone de l'ex. Pis hier, j'ai perdu vingt piasses juste comme ça. L'ex s'acharne et n'a pas trouvé drôle ma réflexion sur les ex en général, d'où le déménagement de mon blogue ici qui est devenu un blog, soit dit en passant.
Je ne veux pas me servir de mon blogue pour cracher du venin à droite et à gauche. D'abord, ce ne serait pas amusant du tout et je sais très bien que quand on prend une position négative par rapport aux choses, on s'y enlise immanquablement. (J'ai l'image d'un homme dans la position du lotus sur une mare de sables mouvants et je vous la partage. Tiens.)
Bon, je m'habille et je fais mon petit bagage pour une fin de semaine à Montréal. Réunion. Sortie. Magasinage.
La semaine dernière, je brunchais avec une nouvelle amie qui trouvait que j'avais beaucoup de chance. Pas juste être chanceux, mais une vraie chance au sens le plus crasse du mot, dans le genre de chance de l'expression " la chance pendue au cul ".
Et c'est vrai, que vu comme ça, je me trouvais plutôt chanceux, de ce type de chance là. Du coup, je me suis acheté un billet de loto. Je me souviens quand même avoir eu un curieux frisson quand elle m'a dit ça, car tout le monde sait bien que la chance, la vraie chance, c'est un nuage éphémère dans lequel on marche pour quelques jours.
Et bien il est vraiment passé. La chance est partie, le nuage est resté. Bien campé juste au-dessus de ma tête.
Ça a commencé par les pantalons qui ont tenté de dégringoler jusqu'en Australie. Les freins de l'auto. Le téléphone de l'ex. Pis hier, j'ai perdu vingt piasses juste comme ça. L'ex s'acharne et n'a pas trouvé drôle ma réflexion sur les ex en général, d'où le déménagement de mon blogue ici qui est devenu un blog, soit dit en passant.
Je ne veux pas me servir de mon blogue pour cracher du venin à droite et à gauche. D'abord, ce ne serait pas amusant du tout et je sais très bien que quand on prend une position négative par rapport aux choses, on s'y enlise immanquablement. (J'ai l'image d'un homme dans la position du lotus sur une mare de sables mouvants et je vous la partage. Tiens.)
Bon, je m'habille et je fais mon petit bagage pour une fin de semaine à Montréal. Réunion. Sortie. Magasinage.
jeudi 22 mars 2007
35. Vive le centre d'appels
mercredi 21 mars 2007
Qui eût dit qu'un étranger dans un centre d'appel peut faire votre journée?! Qui vous appelle à l'heure du souper, de surcroît?!
Ma journée a mal commencé et j'ai su vers 7h30 que j'étais sur une mauvaise veine. Une journée de merde, quoi.
Ici, l'espace est réduit. Pour réussir à mettre quelques pantalons dans le petit placard du petit coin qui me fait office de chambrelette, j'ai acheté des cintres au mécanisme assez ingénieux - faut le dire - qui comportent un petit crochet qui permet d'en accrocher un autre à côté, un peu plus bas. Ce dernier est lui aussi muni du fameux crochet, ce qui permet d'accrocher un autre pantalon un peu plus bas. Vous me voyez venir : il suffit de découper un trou dans le plancher et de creuser un tunnel pour accrocher des pantalons en cascade jusqu'en Australie à partir d'un seul cintre qui n'occupe que quelques centimètres sur la pôle principale.
Ben ce matin, j'en avais trois et ils se sont tous crissés à terre. Mauvais signe.
Je sors dehors. Ça fait une semaine qu'on nous annonce du plusse quinze mais il fait encore du moins vingt. J'arrive à l'auto, toujours celle d'une amie, Bérangère de son petit nom (l'auto, pas l'amie). Elle en a mare du frette, c'est bien évident. Plus d'odeur de parfum léger. Elle s'ennuie de son garage chauffé, tous ses joints le crient. J'arrive à la première intersection : plus de freins. Elle est écoeurée la Bérangère, pas-à-peu-près.
Pour finir ma journée au bureau, un appel de mon ex. Plutôt déprimant. Ceux qui vous racontent que ça va bien avec leur ex, ils se foutent de votre gueule. Ou alors ils disent n'importe quoi.
Je rentre à l'appart bien décidé à ne pas en ressortir avant demain matin. Sauf pour aller bouger Bérangère comme je fais à tous les soirs. Il y a bien du stationnement au bout de ma rue mais toutes les places sont prises par le club de curling du coin (ou le château des deux princesses, si vous préférez). J'attends donc que les ti-vieux aient fini leur dernière partie pour rapprocher l'auto. Heureusemement, ils se couchent pas tard.
À peine entré, ça cogne à la porte. Ça cogne jamais à la porte. C'est la première fois. C'est un petit bonhomme qui tient une tablette à pince. Il est nerveux. Il a peut-être peur de se pogner un doigt dans sa tablette à pince. Mais je suis nerveux moi aussi. D'abord ça va mal depuis ce matin; secundo, ça cogne jamais à ma porte.
Il me demande si je suis un client de Rogers. Oui, que je dis. Il me demande si j'ai l'internet. Oui, que je dis, suspicieux. Je me rassure : pour la première fois de ma vie, je n'ai pas trafiqué le câble. Il me demande si j'ai le câble. Oui, que je dis. Si j'ai un cellulaire. Oui, que je dis. Et là, il me dit que Rogers l'envoie pour me remercier d'être un si bon client. Il me remercie et il s'en va en me remerciant à nouveau. Je sais pas quoi dire alors je ne dis rien.
J'ouvre mon courriel. C'est une lettre de Rogers pour me remercier d'être un si bon client. Il semble que j'ai payé mes factures le mois dernier et que Rogers est bien content. La journée va mieux pour Rogers que pour moi.
Et là, vous me croirez pas. Mais bon, je vous le dis quand même.
Mon cellulaire sonne, tidelidi, tidelida. C'est une femme cette fois. Comme elle me contacte sur mon cellulaire de Rogers - vous me suivez - elle SAIT que je suis un client de Rogers. Alors, avant que j'aie le temps de lui dire quoi que ce soit, elle me remercie. Alors je pars d'un grand rire. Je lui raconte que je viens d'ouvrir un lettre de remerciement et que le petit bonhomme vient de cogner pour me remercier.
- Coudon, j'suis-tu votre seul client? La seule poire qui fait affaire avec Rogers?
La voilà à rire elle aussi sauf qu'elle ne peut plus s'arrêter et qu'elle a un rire communicatif (Rogers fait dans la communication après tout.) Plus elle rit-communicatif, plus je ris moi aussi.
Finalement, la journée ne s'est pas trop mal terminée. Merci, Rogers!
Qui eût dit qu'un étranger dans un centre d'appel peut faire votre journée?! Qui vous appelle à l'heure du souper, de surcroît?!
Ma journée a mal commencé et j'ai su vers 7h30 que j'étais sur une mauvaise veine. Une journée de merde, quoi.
Ici, l'espace est réduit. Pour réussir à mettre quelques pantalons dans le petit placard du petit coin qui me fait office de chambrelette, j'ai acheté des cintres au mécanisme assez ingénieux - faut le dire - qui comportent un petit crochet qui permet d'en accrocher un autre à côté, un peu plus bas. Ce dernier est lui aussi muni du fameux crochet, ce qui permet d'accrocher un autre pantalon un peu plus bas. Vous me voyez venir : il suffit de découper un trou dans le plancher et de creuser un tunnel pour accrocher des pantalons en cascade jusqu'en Australie à partir d'un seul cintre qui n'occupe que quelques centimètres sur la pôle principale.
Ben ce matin, j'en avais trois et ils se sont tous crissés à terre. Mauvais signe.
Je sors dehors. Ça fait une semaine qu'on nous annonce du plusse quinze mais il fait encore du moins vingt. J'arrive à l'auto, toujours celle d'une amie, Bérangère de son petit nom (l'auto, pas l'amie). Elle en a mare du frette, c'est bien évident. Plus d'odeur de parfum léger. Elle s'ennuie de son garage chauffé, tous ses joints le crient. J'arrive à la première intersection : plus de freins. Elle est écoeurée la Bérangère, pas-à-peu-près.
Pour finir ma journée au bureau, un appel de mon ex. Plutôt déprimant. Ceux qui vous racontent que ça va bien avec leur ex, ils se foutent de votre gueule. Ou alors ils disent n'importe quoi.
Je rentre à l'appart bien décidé à ne pas en ressortir avant demain matin. Sauf pour aller bouger Bérangère comme je fais à tous les soirs. Il y a bien du stationnement au bout de ma rue mais toutes les places sont prises par le club de curling du coin (ou le château des deux princesses, si vous préférez). J'attends donc que les ti-vieux aient fini leur dernière partie pour rapprocher l'auto. Heureusemement, ils se couchent pas tard.
À peine entré, ça cogne à la porte. Ça cogne jamais à la porte. C'est la première fois. C'est un petit bonhomme qui tient une tablette à pince. Il est nerveux. Il a peut-être peur de se pogner un doigt dans sa tablette à pince. Mais je suis nerveux moi aussi. D'abord ça va mal depuis ce matin; secundo, ça cogne jamais à ma porte.
Il me demande si je suis un client de Rogers. Oui, que je dis. Il me demande si j'ai l'internet. Oui, que je dis, suspicieux. Je me rassure : pour la première fois de ma vie, je n'ai pas trafiqué le câble. Il me demande si j'ai le câble. Oui, que je dis. Si j'ai un cellulaire. Oui, que je dis. Et là, il me dit que Rogers l'envoie pour me remercier d'être un si bon client. Il me remercie et il s'en va en me remerciant à nouveau. Je sais pas quoi dire alors je ne dis rien.
J'ouvre mon courriel. C'est une lettre de Rogers pour me remercier d'être un si bon client. Il semble que j'ai payé mes factures le mois dernier et que Rogers est bien content. La journée va mieux pour Rogers que pour moi.
Et là, vous me croirez pas. Mais bon, je vous le dis quand même.
Mon cellulaire sonne, tidelidi, tidelida. C'est une femme cette fois. Comme elle me contacte sur mon cellulaire de Rogers - vous me suivez - elle SAIT que je suis un client de Rogers. Alors, avant que j'aie le temps de lui dire quoi que ce soit, elle me remercie. Alors je pars d'un grand rire. Je lui raconte que je viens d'ouvrir un lettre de remerciement et que le petit bonhomme vient de cogner pour me remercier.
- Coudon, j'suis-tu votre seul client? La seule poire qui fait affaire avec Rogers?
La voilà à rire elle aussi sauf qu'elle ne peut plus s'arrêter et qu'elle a un rire communicatif (Rogers fait dans la communication après tout.) Plus elle rit-communicatif, plus je ris moi aussi.
Finalement, la journée ne s'est pas trop mal terminée. Merci, Rogers!
34. Bilingue
lundi 19 mars 2007
Depuis que je vis ici, je me questionne beaucoup sur la coexistence des deux langues dans ce pays tout croche. Je vois des choses auxquelles je ne suis pas habitué. Deux francophones qui se parlent en anglais parce que c'est la langue de travail. Des francophones qui me parlent à moi en anglais parce que.. parce que.. c'est plus facile? Le hic, c'est que moi qui suis nouveau ici, je ne sais pas s'ils sont francophones ou non. Pas évident de leur répondre en français quand on ne sait pas s'ils comprennent.
Je me surprends moi-même à parler anglais à des francophones. À l'arrêt d'autobus :
- Do you know when is the next number 8?
- Triiie minute.
Pis là, je m'excuse quasiment mais je pouvais pas savoir. Et j'ai pas l'habitude de prendre le risque parce que tomber sur un francophone à Halifax, ç'aurait été aussi probable que d'être foudroyé sous un soleil de plomb sur une plage déserte. Ici, c'est plus commun mais j'ai pas l'habitude.
Il nous faudrait un trait physique distinctif pour se reconnaître. Un code zébré dans le front. Quet'chose. Je vais y penser.
Depuis que je vis ici, je me questionne beaucoup sur la coexistence des deux langues dans ce pays tout croche. Je vois des choses auxquelles je ne suis pas habitué. Deux francophones qui se parlent en anglais parce que c'est la langue de travail. Des francophones qui me parlent à moi en anglais parce que.. parce que.. c'est plus facile? Le hic, c'est que moi qui suis nouveau ici, je ne sais pas s'ils sont francophones ou non. Pas évident de leur répondre en français quand on ne sait pas s'ils comprennent.
Je me surprends moi-même à parler anglais à des francophones. À l'arrêt d'autobus :
- Do you know when is the next number 8?
- Triiie minute.
Pis là, je m'excuse quasiment mais je pouvais pas savoir. Et j'ai pas l'habitude de prendre le risque parce que tomber sur un francophone à Halifax, ç'aurait été aussi probable que d'être foudroyé sous un soleil de plomb sur une plage déserte. Ici, c'est plus commun mais j'ai pas l'habitude.
Il nous faudrait un trait physique distinctif pour se reconnaître. Un code zébré dans le front. Quet'chose. Je vais y penser.
33. Pit-pit les ti-z-oiseaux
11 mars 2007
La passion est une promesse d'éternité.
Mon père était un homme passionné, à sa façon, et il serait mort de honte s'il avait su qu'il serait un jour affublé d'un tel qualificatif par le cadet de ses enfants. Les hommes de sa génération n'auraient jamais voulu que ça se sache et il aurait perdu tout crédibilité autour du poêle dans le garage à André à Moïse, l'équivalent de l'époque dans mon village des rencontres politico-sociales des Tim Horton d'aujourd'hui.
C'est néanmoins l'héritage le plus précieux qu'il m'a laissé.
Les problèmes cardiaques de mon père avaient commencé quelques cinq ou six ans avant son décès. Il n'en parlait pas trop; en fait, je ne sais même pas s'il s'était abaissé à aller voir un médecin. Néanmoins, il avait de lui-même ralenti ses activités et s'était petit-à-petit départi de certains biens, les activités qui les accompagnaient prenant discrètement le bord du même coup. Ce fut d'abord le chalet dont il devait pelleter la toiture en hiver. Ensuite, sa " terre-à-bois " dont il ne pouvait plus rien tirer. Sa motoneige, pour éviter de rester pris quelque part. Son VTT, ce qui allait de soi quand la terre où il se promenait a été vendue. Il s'était construit un atelier pour bricoler mais dût se résigner à ne plus y retourner à cause des marches qu'il fallait monter pour y accéder.
Comme je vivais assez loin de chez mes parents, je téléphonais régulièrement le dimanche soir pour prendre des nouvelles. Inévitablement, c'est ma mère qui répondait. Le téléphone, c'est une affaire de femme, tout le monde sait ça. Inévitablement, ma mère me dressait un portrait des plus noirs de l'état de santé de mon père qui terminait toujours par "Ben vite, y pourra pu conduire son char. Ça va l'achever."
Pourtant, quand je réussissais à avoir mon père au bout du fil, il semblait toujours maintenir un moral de fer et quand une de ses activités disparaissait, il s'en recréait une autre plus à la mesure de ses forces pour la remplacer.
Par un bel avant-midi ensoleillé, j'étais allé les visiter. Il était curieux d'entrer chez nous et de retrouver à peu près toujours le même scénario : ma mère en train de brasser quelque chose devant l'évier et mon père se berçant dans le fauteuil devant la porte vitrée de la cuisine. Elle m'accueillait toujours comme si j'étais une brebis égarée qu'elle venait de retrouver et babillait à m'en donner le tournis, si bien que j'appréhendais toujours l'accueil même si je n'arrivais jamais à savoir exactement pourquoi j'en ressortais avec un vague sentiment de culpabilité. Ma mère était subtile comme ça.
Passé l'épreuve des bienvenues, je me dirigeai vers mon père qui n'avait plus l'énergie de sortir de son fauteuil pour faire quelque chose d'aussi inutile. D'autant plus que je pouvais bien plus facilement me rendre à lui. Ce jour-là, il m'a encore impressionné par son optimisme face à la vie en général et face à sa condition en particulier :
- Regarde-moi ça. Je me suis fait planter des fleurs autour du patio et des mangeoires pour les oiseaux. C'est pas croyable le nombre d'espèces d'oiseaux qui viennent manger et butiner les fleurs. Moi qui ai passé ma vie dans le bois, je pensais qu'il n'y avait que cinq ou six sortes d'oiseaux. J'ai jamais eu le temps de les regarder, faut croire. Ben là, j'ai le temps pis j'en ai compté au moins deux douzaines de sortes à date. C'est pas croyable!
- Ben oui, ben oui, enchaîna ma mère en rudoyant la vaisselle dans l'évier. Les fleurs pis les mangeoires, ça attire les oiseaux pis le patio est plein de marde!
Les oiseaux ou la marde? C'est à chacun d'entre nous de décider ce qu'on veut bien voir. Moi, j'ai choisi les oiseaux même si je regarde toujours, quand même, où je mets les pieds.
La passion est une promesse d'éternité.
Mon père était un homme passionné, à sa façon, et il serait mort de honte s'il avait su qu'il serait un jour affublé d'un tel qualificatif par le cadet de ses enfants. Les hommes de sa génération n'auraient jamais voulu que ça se sache et il aurait perdu tout crédibilité autour du poêle dans le garage à André à Moïse, l'équivalent de l'époque dans mon village des rencontres politico-sociales des Tim Horton d'aujourd'hui.
C'est néanmoins l'héritage le plus précieux qu'il m'a laissé.
Les problèmes cardiaques de mon père avaient commencé quelques cinq ou six ans avant son décès. Il n'en parlait pas trop; en fait, je ne sais même pas s'il s'était abaissé à aller voir un médecin. Néanmoins, il avait de lui-même ralenti ses activités et s'était petit-à-petit départi de certains biens, les activités qui les accompagnaient prenant discrètement le bord du même coup. Ce fut d'abord le chalet dont il devait pelleter la toiture en hiver. Ensuite, sa " terre-à-bois " dont il ne pouvait plus rien tirer. Sa motoneige, pour éviter de rester pris quelque part. Son VTT, ce qui allait de soi quand la terre où il se promenait a été vendue. Il s'était construit un atelier pour bricoler mais dût se résigner à ne plus y retourner à cause des marches qu'il fallait monter pour y accéder.
Comme je vivais assez loin de chez mes parents, je téléphonais régulièrement le dimanche soir pour prendre des nouvelles. Inévitablement, c'est ma mère qui répondait. Le téléphone, c'est une affaire de femme, tout le monde sait ça. Inévitablement, ma mère me dressait un portrait des plus noirs de l'état de santé de mon père qui terminait toujours par "Ben vite, y pourra pu conduire son char. Ça va l'achever."
Pourtant, quand je réussissais à avoir mon père au bout du fil, il semblait toujours maintenir un moral de fer et quand une de ses activités disparaissait, il s'en recréait une autre plus à la mesure de ses forces pour la remplacer.
Par un bel avant-midi ensoleillé, j'étais allé les visiter. Il était curieux d'entrer chez nous et de retrouver à peu près toujours le même scénario : ma mère en train de brasser quelque chose devant l'évier et mon père se berçant dans le fauteuil devant la porte vitrée de la cuisine. Elle m'accueillait toujours comme si j'étais une brebis égarée qu'elle venait de retrouver et babillait à m'en donner le tournis, si bien que j'appréhendais toujours l'accueil même si je n'arrivais jamais à savoir exactement pourquoi j'en ressortais avec un vague sentiment de culpabilité. Ma mère était subtile comme ça.
Passé l'épreuve des bienvenues, je me dirigeai vers mon père qui n'avait plus l'énergie de sortir de son fauteuil pour faire quelque chose d'aussi inutile. D'autant plus que je pouvais bien plus facilement me rendre à lui. Ce jour-là, il m'a encore impressionné par son optimisme face à la vie en général et face à sa condition en particulier :
- Regarde-moi ça. Je me suis fait planter des fleurs autour du patio et des mangeoires pour les oiseaux. C'est pas croyable le nombre d'espèces d'oiseaux qui viennent manger et butiner les fleurs. Moi qui ai passé ma vie dans le bois, je pensais qu'il n'y avait que cinq ou six sortes d'oiseaux. J'ai jamais eu le temps de les regarder, faut croire. Ben là, j'ai le temps pis j'en ai compté au moins deux douzaines de sortes à date. C'est pas croyable!
- Ben oui, ben oui, enchaîna ma mère en rudoyant la vaisselle dans l'évier. Les fleurs pis les mangeoires, ça attire les oiseaux pis le patio est plein de marde!
Les oiseaux ou la marde? C'est à chacun d'entre nous de décider ce qu'on veut bien voir. Moi, j'ai choisi les oiseaux même si je regarde toujours, quand même, où je mets les pieds.
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