Deux équipes de déménageurs. L'une pour le chargement; l'autre pour la livraison.
Le chauffeur reste le même, les deux autres sont des accolytes locaux, embauchés sur le tas. Ils ont quand même quelque chose en commun, ma tendance naturelle à généraliser aidant. Il semble, en effet, que ces équipes soient constituées d'un débrouillard et d'un con-de-service. Dans les deux cas, je ne vous demande pas de deviner lequel à pris les choses en main, dans les deux sens de l'expression.
J'avais acheté une nouvelle table de salle à manger qui se trouvait encore dans sa boîte originale lors du déménagement. Sur le côté, en grosses lettres : Made in Vietnam. Le fûté dit à l'autre : « Hey, c'est peut-être tes parents qui ont fabriqué cette table-là! » L'autre n'y comprend rien mais reconnaît de toute évidence le nom de son pays. Le génie du tandem reprend : « Ton papa, ta maman, y'ont p'être faite la table, s'tie. » L'autre rigole timidement, un peu par obligation.
Moi je crois qu'il n'a rien compris du tout si ce n'est que son comparse s'imagine que ses parents se sont exilés clandestinement et qu'ils sont enfermés là-dedans. Il me semble qu'il a été particulièrement précautionneux avec la boîte en question, mais c'est peut-être mon imagination. La table était en bon état, pas de trace de passagers illicites.
Ils nous ont laissé des meubles et des boîtes un peu partout. Quand les trois étages ont été remplis à capacité, ils ont été refoulés au garage. J'espère pouvoir y remettre mon auto avant les premières neiges.
lundi 28 juillet 2008
dimanche 20 juillet 2008
72. 400 ans plus tard
Je viens d'assister à une partie du spectacle de McCartney à Québec. Bien malgré moi car j'étais sorti dans l'espoir de casser la croûte mais la foule m'en a empêché. J'ai donc observé l'écran géant sur la Grande Allée, à un angle de 10 degrés, étant le dernier arrivé. D'où j'étais, je devinais que McCartney chantait et je voyais Tom Cruise à la guitare et Gregory Charles à la batterie. C'était quand même bien.
Comme je suis arrivé vers la fin, j'ai attrapé le meilleur. Quand le spectacle s'est finalement terminé, vers minuit, les gens se sont rués vers les sorties. Chose pratique, les Plaines sont en haut et tout le monde est stationné en bas. La gravité permet donc aux bonnes gens d'évacuer rapidement. Tout le monde semblait avoir faim - moi aussi d'ailleurs - mais les restos de Québec ferment à minuit. Ehh.. c'est comme ça. Les deux cent milles personnes qui assistaient au spectacle, dont la plupart qui n'avaient pas mangé de la journée, se sont ruées au Jac & Jill de la Place d'Youville. J'ai suivi la foule et je me suis ramassé un sac de chips et des pinottes.
Assis sur un banc en face du stationnement d'Youville, j'ai pu aider quelques touristes.
Les premiers attendaient l'autobus. Comme il n'y en avait pas, je leur ai suggéré de se rendre à la rue adjacente d'où on entendait beugler un type qui refoulaient les gens tout au bas sur le boulevard Charest pour les autobus. La plupart des touristes qui étaient venus pour le spectacle étaient anglophones alors ils doivent être encore là, quelque part à attendre l'autobus.
Un autre s'est assis sur le même banc, à côté de moi. Il avait un ami imaginaire qui ne voulait plus le suivre. Il avait beau insister, rien à faire, l'autre avait décidé de ne plus bouger. Je n'ai pas su quoi faire pour l'aider.. les aider.. je ne sais plus.
Un troisième est passé et il semblait Acadien par son accent, que j'ai reconnu, imaginez-vous donc. Il cherchait son auto qu'il avait stationné " dans un stationnement près d'une église ". À Québec. Près d'une église. Je lui ai souhaité bonne chance en lui suggérant une église toute proche. Il doit être en train d'y prier Saint-Antoine-de-Padoue à l'heure qu'il est.
Comme je suis arrivé vers la fin, j'ai attrapé le meilleur. Quand le spectacle s'est finalement terminé, vers minuit, les gens se sont rués vers les sorties. Chose pratique, les Plaines sont en haut et tout le monde est stationné en bas. La gravité permet donc aux bonnes gens d'évacuer rapidement. Tout le monde semblait avoir faim - moi aussi d'ailleurs - mais les restos de Québec ferment à minuit. Ehh.. c'est comme ça. Les deux cent milles personnes qui assistaient au spectacle, dont la plupart qui n'avaient pas mangé de la journée, se sont ruées au Jac & Jill de la Place d'Youville. J'ai suivi la foule et je me suis ramassé un sac de chips et des pinottes.
Assis sur un banc en face du stationnement d'Youville, j'ai pu aider quelques touristes.
Les premiers attendaient l'autobus. Comme il n'y en avait pas, je leur ai suggéré de se rendre à la rue adjacente d'où on entendait beugler un type qui refoulaient les gens tout au bas sur le boulevard Charest pour les autobus. La plupart des touristes qui étaient venus pour le spectacle étaient anglophones alors ils doivent être encore là, quelque part à attendre l'autobus.
Un autre s'est assis sur le même banc, à côté de moi. Il avait un ami imaginaire qui ne voulait plus le suivre. Il avait beau insister, rien à faire, l'autre avait décidé de ne plus bouger. Je n'ai pas su quoi faire pour l'aider.. les aider.. je ne sais plus.
Un troisième est passé et il semblait Acadien par son accent, que j'ai reconnu, imaginez-vous donc. Il cherchait son auto qu'il avait stationné " dans un stationnement près d'une église ". À Québec. Près d'une église. Je lui ai souhaité bonne chance en lui suggérant une église toute proche. Il doit être en train d'y prier Saint-Antoine-de-Padoue à l'heure qu'il est.
vendredi 18 juillet 2008
71. Les préparatifs - Tome I
Le jour J approche à grand pas. La maison est vendue, les prochains proprios ont même fait livrer trop tôt leur nouvelle télé écran plasma de 52 pouces qu'ils installeront sûrement dans la salle familiale du sous-sol ou dans le salon du rez-de-chaussée ou dans la salle récréative du bout du corridor ou dans leur chambre à coucher, pourquoi pas, les cochons. Bref, ils auront l'embarras du choix alors que moi je me demande comment je vais coincer mes possessions dans une maison en rangée trois fois plus petite que celle dont je me départis. Du coup, j'ai retourné leurs livreurs avec leur camelote et je leur ai dit de revenir dans deux semaines.
D'ailleurs, demain, c'est la "vente de garage", moment charnière où je devrais en théorie me débarrasser de tout ce que je n'aurai pas de place à ranger à Ottawa. Je suis chanceux car mon copain il connaît bien de genre d'événements et je lui fais une confiance aveugle. Le samedi matin, il part souvent prendre une marche dans le quartier avec le chien et il passe toujours jeter un coup d'oeil dans les ventes de garages des autres. Immanquablement, l'un ramène quelque babiole et l'autre des brindilles, des vestiges d'os qu'ils rangent quelque part, et que je ramasse ensuite dans le fond d'un placard ou que je tire dans le fond de la cour au bout de mes bras.
Ce matin, tous ces cossins qu'il a ramenées (mon copain, pas le chien) au fil des ans sont à vendre, avec des centaines d'autres que j'ai accumulées depuis que mon père m'a donné ma première allocation de cinq cennes par semaine.
Il est 6 heures du matin et on a annoncé la vente entre 9h et midi. Je ne suis pas assez réveillé pour me demander ce qu'on fait debout à 6h mais suffisamment pour savoir qu'il me faut du café. Comme on a déjà écoulé notre stock, je me propose de somnambuler dans un service à l'auto pour prendre du café et des bagels.
- Surtout pas Starbucks, qu'il me dit.
- Comment ça? émet ma bouche pâteuse.
- Les gens qui font des ventes de garage boivent du Tim, c'est comme ça.
Habituellement, l'expression "c'est comme ça" met fin à nos discussions mais là trois heures avant le début de la vente, je ne comprends pas tout à fait. Jusqu'à ce que je regarde dehors pour y voir trois autos devant la maison qui attendent qu'on sorte nos cochonneries.
C'est pas des billets pour le spectacles d'Elton John qu'on met en vente, c'est de la scrap que je veux pas traîner à Ottawa.
Il y a un petit crachin fin qui tombe. À 6h du matin, ça a quelque chose de sinistre. Je réussis à me faufiler entre les autos en file d'attente sur ma petite rue pas très large pour aller chercher du café. Au retour, je songe à contacter l'escouade anti-émeute et je me résigne à me stationner un peu plus loin. Devant chez moi, c'est pris. Mon entrée de maison, je n'y pense même pas.
Quand j'arrive, les gens sont déjà entrés dans la maison. Pas le temps de rien sortir et de toute façon avec cette petite pluie fine, c'est peut-être aussi bien ainsi. C'est quand même curieux de voir autant de monde dans la maison avant même que j'ai eu le temps de me brosser les dents.
- C'est combien?
Là je suis fourré parce que je n'ai aucune idée de ce que vaut la camelote que je leur propose. Je me réfères à l'expert. Il leur sort des prix venus de nulle part et j'observe, mi-fasciné, mi-en crisss de voir partir une lampe que j'ai payée cent piasses pour un loonie.
Il me fait des gros yeux : on déménage dans trois jours pis si on la vend pas la maudite lampe, on va la mettre au bord du chemin mercredi matin.
Ouais.
Après la première demi-heure, je commence à comprendre l'astuce. Quand quelqu'un te demande un prix, tu penses qu'il va offrir ta gugusse à quelqu'un que t'aime pas. Tu penses que ce quelqu'un que t'aime pas va pas aimer le cadeau qu'il reçoit mais qu'il va être obligé de le mettre sur son manteau de foyer pour ne pas blesser la personne qui le lui offre.
- Vingt-cinq cennes!
C'est pas croyable tout ce qu'on peut vendre.
D'ailleurs, demain, c'est la "vente de garage", moment charnière où je devrais en théorie me débarrasser de tout ce que je n'aurai pas de place à ranger à Ottawa. Je suis chanceux car mon copain il connaît bien de genre d'événements et je lui fais une confiance aveugle. Le samedi matin, il part souvent prendre une marche dans le quartier avec le chien et il passe toujours jeter un coup d'oeil dans les ventes de garages des autres. Immanquablement, l'un ramène quelque babiole et l'autre des brindilles, des vestiges d'os qu'ils rangent quelque part, et que je ramasse ensuite dans le fond d'un placard ou que je tire dans le fond de la cour au bout de mes bras.
Ce matin, tous ces cossins qu'il a ramenées (mon copain, pas le chien) au fil des ans sont à vendre, avec des centaines d'autres que j'ai accumulées depuis que mon père m'a donné ma première allocation de cinq cennes par semaine.
Il est 6 heures du matin et on a annoncé la vente entre 9h et midi. Je ne suis pas assez réveillé pour me demander ce qu'on fait debout à 6h mais suffisamment pour savoir qu'il me faut du café. Comme on a déjà écoulé notre stock, je me propose de somnambuler dans un service à l'auto pour prendre du café et des bagels.
- Surtout pas Starbucks, qu'il me dit.
- Comment ça? émet ma bouche pâteuse.
- Les gens qui font des ventes de garage boivent du Tim, c'est comme ça.
Habituellement, l'expression "c'est comme ça" met fin à nos discussions mais là trois heures avant le début de la vente, je ne comprends pas tout à fait. Jusqu'à ce que je regarde dehors pour y voir trois autos devant la maison qui attendent qu'on sorte nos cochonneries.
C'est pas des billets pour le spectacles d'Elton John qu'on met en vente, c'est de la scrap que je veux pas traîner à Ottawa.
Il y a un petit crachin fin qui tombe. À 6h du matin, ça a quelque chose de sinistre. Je réussis à me faufiler entre les autos en file d'attente sur ma petite rue pas très large pour aller chercher du café. Au retour, je songe à contacter l'escouade anti-émeute et je me résigne à me stationner un peu plus loin. Devant chez moi, c'est pris. Mon entrée de maison, je n'y pense même pas.
Quand j'arrive, les gens sont déjà entrés dans la maison. Pas le temps de rien sortir et de toute façon avec cette petite pluie fine, c'est peut-être aussi bien ainsi. C'est quand même curieux de voir autant de monde dans la maison avant même que j'ai eu le temps de me brosser les dents.
- C'est combien?
Là je suis fourré parce que je n'ai aucune idée de ce que vaut la camelote que je leur propose. Je me réfères à l'expert. Il leur sort des prix venus de nulle part et j'observe, mi-fasciné, mi-en crisss de voir partir une lampe que j'ai payée cent piasses pour un loonie.
Il me fait des gros yeux : on déménage dans trois jours pis si on la vend pas la maudite lampe, on va la mettre au bord du chemin mercredi matin.
Ouais.
Après la première demi-heure, je commence à comprendre l'astuce. Quand quelqu'un te demande un prix, tu penses qu'il va offrir ta gugusse à quelqu'un que t'aime pas. Tu penses que ce quelqu'un que t'aime pas va pas aimer le cadeau qu'il reçoit mais qu'il va être obligé de le mettre sur son manteau de foyer pour ne pas blesser la personne qui le lui offre.
- Vingt-cinq cennes!
C'est pas croyable tout ce qu'on peut vendre.
mardi 17 juin 2008
70. Élucubrations existentielles
Toutes les compagnies d'aviation annoncent les passagers du fond de l'avion en premier "pour faciliter l'embarquement". Je n'ai jamais vu en quoi ça facilite quoique ce soit parce que c'est toujours le bordel à bord de toute façon. Le problème, c'est les illettrés qui peuvent pas lire leur carte d'embarquement et qui ont le culot tenir leur boutte quand quelqu'un leur signale qu'ils ont pas le bon siège. Le problème, c'est les crétins qui ont des valises trop grosses et qui savent pu quoi faire avec quand vient le temps de s'asseoir et qui regardent les autres passagers comme des chiots qui viennent de faire pipi par terre, l'air de dire "C'est pas ma faute, c'est le compartiment qu'est trop petit". Pis d'abord, pourquoi quand on prend l'avion, ils font pas asseoir ceux qui ont des sièges côté hublot d'abord? Ça éviterait le problème des épais qui veulent regarder les petites autos en-bas mais qui sont pas foutus de se mettre en ligne les premiers.
69. Il était une fois dans un jardin
Lundi ou mardi, je ne sais trop. Je viens de faire un suduko, preuve irréfutable que je suis en vacances. Je l'ai fait pour me prouver que je le suis, preuve irréfutable qu'on puisse douter que le susse.
Ce sont mes derniers jours dans cette maison que je dois vider de son contenu, caser dans des boîtes, préparer pour de nouveaux propriétaires. Encore une fois, je n'ai pas la moindre idée des sentiments qui sont suscités par ce changement et encore moins de ceux que je devrais feindre d'abhorrer. Car elle n'est pas que bons souvenirs cette maison. Mais est-ce que je ne me laisse pas aller un peu trop au sentimentalisme? Ce n'est qu'une maison après tout...
Je n'arrive pas à savoir pourquoi mais c'est le jardin qui me hante. Je suis allé m'y balader ce matin, genre de Marie-Antoinette pas rasée, avec un café à la main. D'abord des vieux relents de bordure taillée d'une manière obsessive, ensuite une plantation bleu-blanc-rouge pour faire plaisir à l'Acadien que tout le monde semble voir en moi. Deux symboles des vies que j'ai côtoyées ici.
Un sapin que j'ai planté à une fête des pères quelconque. Un lilas que j'ai acheté quand je suis devenu un homme libre et qui se plaît à ne produire que trois fleurs à chaque printemps, comme pour me rappeler la trinité que nous formions mes filles et moi quand je lui ai redonné la chance d'étendre ses racines.
Dans tout ça, mon chien qui ne se doute de rien. Il galope comme un crétin d'un bout à l'autre de la cour, langue pendante s'agitant en tous sens au gré de ses sauts désarticulés.
Ce sont mes derniers jours dans cette maison que je dois vider de son contenu, caser dans des boîtes, préparer pour de nouveaux propriétaires. Encore une fois, je n'ai pas la moindre idée des sentiments qui sont suscités par ce changement et encore moins de ceux que je devrais feindre d'abhorrer. Car elle n'est pas que bons souvenirs cette maison. Mais est-ce que je ne me laisse pas aller un peu trop au sentimentalisme? Ce n'est qu'une maison après tout...
Je n'arrive pas à savoir pourquoi mais c'est le jardin qui me hante. Je suis allé m'y balader ce matin, genre de Marie-Antoinette pas rasée, avec un café à la main. D'abord des vieux relents de bordure taillée d'une manière obsessive, ensuite une plantation bleu-blanc-rouge pour faire plaisir à l'Acadien que tout le monde semble voir en moi. Deux symboles des vies que j'ai côtoyées ici.
Un sapin que j'ai planté à une fête des pères quelconque. Un lilas que j'ai acheté quand je suis devenu un homme libre et qui se plaît à ne produire que trois fleurs à chaque printemps, comme pour me rappeler la trinité que nous formions mes filles et moi quand je lui ai redonné la chance d'étendre ses racines.
Dans tout ça, mon chien qui ne se doute de rien. Il galope comme un crétin d'un bout à l'autre de la cour, langue pendante s'agitant en tous sens au gré de ses sauts désarticulés.
dimanche 11 mai 2008
68. Ces choses qui ne devaient pas arriver
En moins de 24 heures, il m'arrive deux choses qui ne devaient pas m'arriver. Je m'explique. Quand j'avais 20 ans (ou même 40 tant qu'à y être), si quelqu'un m'avait dit : « Mon pote, à la Fête des mères en 2008, tu iras acheter des fleurs pour la mère de tes enfants avec ton chum! », moi je lui aurais répondu : « Ben voyons don' ».
Si ce même crétin m'avait relancé en ajoutant : « Pis ce jour-là, tu vas être invité à une conférence des Organisations internationales non-gouvernementales - les OING - pis tu vas loger au Môtel Bel-Air de Haut-Bertrand! », c'est sûr que je lui aurais répondu « Ben là, ben là, ben voyons don' ».
Et pourtant.
Le Môtel Bel-Air, c'était, et c'est encore, des petites chambrettes en face du garage chez Michel Cormier où on allait manger de la crème glacée molle dans le restaurant adjacent. Je n'ai jamais connu personnellement ledit Michel Cormier mais il était le seul pendant toute ma plus tendre enfance à vendre de la crème glacée molle. C'était la traite du dimanche quand on faisait des grandes promenades pour aller nulle part, preuve irréfutable que l'essence était moins chère dans le bon vieux temps. Quand je demandais à mon père où on allait, comme ça, pour notre promenade du dimanche après-midi, il répondait immanquablement avec un sourire en coin qu'on irait « là-bas au boutte du chemin ». À tous les coups, on se ramassait à Maisonnette. Après quelques fois, j'avais un peu compris l'astuce, comme le chien de Pavlov. Sauf que je n'ai jamais su si mon père avait lui aussi compris qu'en allant à Maisonnette, on était jamais bien loin de passer manger une crème glacée molle chez Michel Cormier. Quelques kilomètres de détour en tournant à gauche au Pont Rouge - qui n'était pas rouge du tout - et on y était. Il y tirait son compte aussi car il aimait bien arrêter chez T'chophile Dugas pour jaser pendant que je lichais mon cornet dans le siège en arrière, pas attaché. Ou alors ils s'arrêtaient au 5-10-15 chez Dugas où c'est ma mère qui se réjouissait toujours à l'idée de jaser avec Madame Dugas. Moi, j'avais peur de Madame Dugas car elle était immense. Joviale, mais d'une immensité qui me foutait la trouille. Et elle faisait des blagues que je comprenais pas ou que je trouvais pas drôle. Ou les deux, ce qui était encore pire. Quand on arrêtait au 5-10-15, j'étirais mon cornet le plus longtemps possible.
Je pense que Michel Cormier a été bien en avance sur son temps avec sa crème glacée molle. De mémoire, personne d'autre n'en a vendu dans mon coin de pays avant que j'atteigne l'adolescence. Il avait peut-être la clef d'une multinationale sans jamais le savoir. Imaginez un peu : « Michel Cormier, PDG fondateur et actionnaire principal des Dairy Queen du monde entier ». [Trouvez le lien avec mon « autre » chose improbable, et vous êtes un petit futé.]
Il s'en faut de peu pour que le 5-10-15 Dugas ait été le précurseur des Dollar Store, toute notion d'inflation confondue.
Mardi, je pars pour le Môtel Bel-Air de Haut-Bertrand et je rencontre les organisations internationales non-gouvernementales. Je vous en donnerai des nouvelles.
Si ce même crétin m'avait relancé en ajoutant : « Pis ce jour-là, tu vas être invité à une conférence des Organisations internationales non-gouvernementales - les OING - pis tu vas loger au Môtel Bel-Air de Haut-Bertrand! », c'est sûr que je lui aurais répondu « Ben là, ben là, ben voyons don' ».
Et pourtant.
Le Môtel Bel-Air, c'était, et c'est encore, des petites chambrettes en face du garage chez Michel Cormier où on allait manger de la crème glacée molle dans le restaurant adjacent. Je n'ai jamais connu personnellement ledit Michel Cormier mais il était le seul pendant toute ma plus tendre enfance à vendre de la crème glacée molle. C'était la traite du dimanche quand on faisait des grandes promenades pour aller nulle part, preuve irréfutable que l'essence était moins chère dans le bon vieux temps. Quand je demandais à mon père où on allait, comme ça, pour notre promenade du dimanche après-midi, il répondait immanquablement avec un sourire en coin qu'on irait « là-bas au boutte du chemin ». À tous les coups, on se ramassait à Maisonnette. Après quelques fois, j'avais un peu compris l'astuce, comme le chien de Pavlov. Sauf que je n'ai jamais su si mon père avait lui aussi compris qu'en allant à Maisonnette, on était jamais bien loin de passer manger une crème glacée molle chez Michel Cormier. Quelques kilomètres de détour en tournant à gauche au Pont Rouge - qui n'était pas rouge du tout - et on y était. Il y tirait son compte aussi car il aimait bien arrêter chez T'chophile Dugas pour jaser pendant que je lichais mon cornet dans le siège en arrière, pas attaché. Ou alors ils s'arrêtaient au 5-10-15 chez Dugas où c'est ma mère qui se réjouissait toujours à l'idée de jaser avec Madame Dugas. Moi, j'avais peur de Madame Dugas car elle était immense. Joviale, mais d'une immensité qui me foutait la trouille. Et elle faisait des blagues que je comprenais pas ou que je trouvais pas drôle. Ou les deux, ce qui était encore pire. Quand on arrêtait au 5-10-15, j'étirais mon cornet le plus longtemps possible.
Je pense que Michel Cormier a été bien en avance sur son temps avec sa crème glacée molle. De mémoire, personne d'autre n'en a vendu dans mon coin de pays avant que j'atteigne l'adolescence. Il avait peut-être la clef d'une multinationale sans jamais le savoir. Imaginez un peu : « Michel Cormier, PDG fondateur et actionnaire principal des Dairy Queen du monde entier ». [Trouvez le lien avec mon « autre » chose improbable, et vous êtes un petit futé.]
Il s'en faut de peu pour que le 5-10-15 Dugas ait été le précurseur des Dollar Store, toute notion d'inflation confondue.
Mardi, je pars pour le Môtel Bel-Air de Haut-Bertrand et je rencontre les organisations internationales non-gouvernementales. Je vous en donnerai des nouvelles.
lundi 24 mars 2008
67. Joyeuses Pâques
Ce jour-là, si on s'appelle Pascal, c'est le boutte-d'la-marde. La radio essaie de nous faire avaler que Pâques c'est la plus grande fête chrétienne mais nous les auditeurs on n'est pas dupes. La preuve, c'est que Noël coûte beaucoup plus cher. J'ai ma théorie sur la résurrection parce que c'est quand même vrai que c'est à peu près vers Pâques que mes cartes de crédit loadées à Noël me permettent de revivre un peu.
Y'à Benoit XVI qui prend bien son temps à urbiner et à orbiner. Certains disent qu'il se fait vieux ce pape tout neuf mais moi je dis que ça l'amuse de vois ce bon peuple réuni sous une pluie torrentielle pour le voir gesticuler un peu de son perchoir. Quand il commence à faire le tour de tous les pays où ça ne va pas bien, je change de poste.
La prochaine station a un petit concours et il faut téléphoner pour dire quelle personne de l'entertainment industry est la préférée du public. Moi je pense tout de suite à B-16 mais ça doit être parce que c'est Pâques.
Entertainment industry. On n'a rien de tel en français car on pourrait jamais faire subventionner ça. L'industrie culturelle, ça fait tellement plus noble.
Poste suivant. Un vox-pop sur le parvis de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il y a l'autre qui explique que la bonne Sainte-Anne a une oreille de catégorie A.
- Y'a personne qui m'écoute comme la bonne Sainte-Anne.
Aïe, c'est pas gentil pour ceux qui t'entendent pour de vrai ça...
- Pis à Pâques, on dirait qu'elle écoute encore plusse.
Ça marche pour moi en tout cas : continue d'en rajouter, je suis tout ouïe.
Le prochain chrétien est un peu plus terre-à-terre quand l'interviewer lui demande ce qu'il fait là :
- J'ai jamais manqué mes Pâques en soixante-quatorze ans pis j'reste yinque à côté.
Enfin une foi qui s'explique. Surtout à -30C un lendemain de tempête.
Fini la radio. J'insère un cd que j'ai acheté récemment : Pascale Picard (tiens donc!). C'est une jeune Québécoise qui chante en anglais pour le marché francophone.
Je vous souhaiterais bien de Joyeuses Pâques mais je sais pas trop ce que ça veut dire.
Y'à Benoit XVI qui prend bien son temps à urbiner et à orbiner. Certains disent qu'il se fait vieux ce pape tout neuf mais moi je dis que ça l'amuse de vois ce bon peuple réuni sous une pluie torrentielle pour le voir gesticuler un peu de son perchoir. Quand il commence à faire le tour de tous les pays où ça ne va pas bien, je change de poste.
La prochaine station a un petit concours et il faut téléphoner pour dire quelle personne de l'entertainment industry est la préférée du public. Moi je pense tout de suite à B-16 mais ça doit être parce que c'est Pâques.
Entertainment industry. On n'a rien de tel en français car on pourrait jamais faire subventionner ça. L'industrie culturelle, ça fait tellement plus noble.
Poste suivant. Un vox-pop sur le parvis de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il y a l'autre qui explique que la bonne Sainte-Anne a une oreille de catégorie A.
- Y'a personne qui m'écoute comme la bonne Sainte-Anne.
Aïe, c'est pas gentil pour ceux qui t'entendent pour de vrai ça...
- Pis à Pâques, on dirait qu'elle écoute encore plusse.
Ça marche pour moi en tout cas : continue d'en rajouter, je suis tout ouïe.
Le prochain chrétien est un peu plus terre-à-terre quand l'interviewer lui demande ce qu'il fait là :
- J'ai jamais manqué mes Pâques en soixante-quatorze ans pis j'reste yinque à côté.
Enfin une foi qui s'explique. Surtout à -30C un lendemain de tempête.
Fini la radio. J'insère un cd que j'ai acheté récemment : Pascale Picard (tiens donc!). C'est une jeune Québécoise qui chante en anglais pour le marché francophone.
Je vous souhaiterais bien de Joyeuses Pâques mais je sais pas trop ce que ça veut dire.
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